Culture et art, une dialectique féconde

Culture et art, une dialectique féconde

Christian Roesch

Le dossier « L’art, la création inspirée » invite à distinguer l’art et la culture.

La culture est l’affaire de la société. Cette dernière se reconnaît dans le miroir à facettes renvoyant ses composantes. Elle essaie à travers la diffusion d’œuvres diverses matérielles ou idéologiques de créer un sentiment d’appartenance à un groupe.
Par le fait que j’aime ou je n’aime pas, ma personnalité prend une position sociale. Rapp ou musique classique ? Peinture figurative ou abstraite ?
J’existe avec d’autres. La culture est un ciment de la vie en collectivité.

Nous nous différencions d’autres cultures en les présentant à notre connaissance (cf. le succès du musée des arts premiers Quai Branly).
Cela permet de découvrir ou redécouvrir d’autres modes d’existence en leur reconnaissant leurs valeurs différentes des miennes et des nôtres par rapport au groupe dans lequel je me situe.
Les lieux de culture présentent de l’art et de l’artisanat. Si possible le meilleur. La culture est au service de l’art. Car l’art demande à être montré.  Les outils de culture permettent de diffuser l’approche d’un point de vue nouveau. Ainsi le nouveau s’intègre dans la conscience humaine.

Progrès de l’humanité, progrès en humanité.

 Comment définir l’art si ce n’est par un dépassement de l’artiste que nous appelons création ?
Le créateur est tendu vers ce qui n’a jamais été exprimé. Comment le traduire ?
L’art ne peut être que passion.  Le nouveau surgit du dialogue de tous les organes des sens ensemble, unis dans le meilleur que l’artiste puisse donner. L’artiste ne peut se contenter de répéter. Ce qui le différencie de l’artisan qui peut répéter en tentant continuellement d’améliorer ce qu’il fait.

Ainsi chacun évolue entre trois plans de conscience
– La culture est dans un plan de conscience collectif.
Elle demande NOTRE adhésion commune.
– L’art interpelle chacun, « Moi, ça me plaît ! ». Il passe dans le plan de conscience de l’ego.
– La création artistique est dans le plan de l’individualité. JE crée, ou plus précisément « JE suis au service de la création ».
A noter que si je suis touché par la création, elle m’élève momentanément dans le plan créateur, elle m’associe à celui de l’artiste.

Ainsi les trois plans de conscience animant tout humain se complètent.
N’est-ce pas ce qui donne le sentiment du sacré : créer, aimer, partager ?

L’artiste accomplit une tâche sacrée
et toute tâche sacrée est un art.

*************************************************************************

Vivre avec la peur

Vivre avec la peur

par Christian Roesch

vivre avec la peur

Le terrorisme autant que les catastrophes naturelles, industrielles ou de transport ferroviaire, aérien, routier nous font vivre avec la peur.
En France, l’état d’urgence avec les patrouilles armées, les contrôles à l’entrée des lieux de rassemblements (stades, musées, etc.) nous rappellent constamment que nous vivons avec un risque majeur.
Bien sûr, ce n’est pas agréable de vivre avec une épée de Damoclès sur la tête que les pouvoirs publics et les médias nous pointent constamment.
Mais cette peur a-t-elle son utilité ?

La peur a plusieurs fonctions  pour l’individu.
La première est instinctive. Elle alerte sur ce qui peut arriver.
Par exemple chez les animaux, la peur à l’approche d’un prédateur met en route le processus de survie, par la fuite ou tout autre moyen
Elle fait éviter d’aller dans certaines rues la nuit à cause d’un risque supposé d’agression.

(…)

La deuxième fonction est de signaler l’erreur.

(…)

La peur incite à plus de justesse. Elle aide à prendre les bonnes décisions.

La peur anticipe la répétition de notre histoire. Elle attire ce que nous redoutons.
Par exemple, une personne est marquée dans sa personnalité par le fait d’avoir été rejetée (traumatisme fondateur). Inéluctablement, elle se remet dans une situation évoquant ce scénario. À un moment, elle pressent que cela va se produire. Elle le redoute. Elle en est avertie. Et cela se produit. Parfois le mécanisme touche la vie professionnelle, parfois les amours, parfois la vie sociale.
Le fonctionnement de la peur peut s’avérer encore plus subtil. Par exemple, une maman qui assiste aux premiers tours de vélo de son enfant et qui a peur qu’il tombe, induit fortement la chute de celui-ci.
La mise à nu du subconscient nous donne parfois un éclairage inattendu. La mère sera une « bonne » maman en soignant le genou écorché de son enfant. Ce sera un moyen de lui manifester son amour qu’elle ne sait pas bien dire autrement.
La peur signale la répétition de notre fonctionnement traumatique.

Nommer la peur, c’est déjà ne pas y succomber

La peur, pour être apaisé quel que soit le risque réel que la catastrophe arrive, a une exigence fondamentale : la faire parler.
Elle demande à être précisée jusque dans le concret. De quoi ai-je peur exactement ?

(…)

Qu’est-ce qui se passe lorsque la peur n’est pas domestiquée ?
Nous avons vu que la domestiquer, c’est la faire parler, établir un véritable dialogue.
S’il n’a pas lieu, la peur laisse la place à notre fonctionnement instinctif, voire bestial.
Nous nous condamnons au plus bas de l’homme. Peur → accusation→ réaction
– soit dans un comportement de victime,
– soit dans un comportement de prédateur,
dicté par l’instinct de survie.

(…)

La peur est l’argument supérieur des dirigeants

La peur a une dimension collective qui prend le pas si elle n’est pas traitée personnellement.
Les gouvernants préconisent des réponses collectives face aux peurs. Ainsi ils gardent le pouvoir sur les grandes orientations sociétales. Elles vont toujours dans le sens de faire du citoyen un consommateur docile, laissant les décisions de fond aux « spécialistes », évidemment dans « l’intérêt général ».
Le terrorisme a fourni les arguments pour envoyer l’armée au Niger, pour bombarder Daech en Syrie. Depuis, les ventes d’armes françaises s’envolent !
Les grands médias, souvent aux mains de groupes industriels, sont les relais efficaces de la « raison » d’État par-dessus les clivages gauche-droite. Les gros titres vendeurs jouent sur l’émotion et la peur.
Notre libre arbitre ne nous est laissé que sur les points secondaires.

(…)

Mais que pouvons-nous faire avec nos peurs face aux catastrophes naturelles ou non ?
Pour le terrorisme, la peur nous met évidemment face à notre façon personnelle d’appréhender la violence. Là se dessinent deux comportements qui souvent s’imbriquent.

La manière profane : « Je n’y peux rien à ce qui arrive ; donc autant profiter de la vie. »
Saint Paul avait synthétisé ce point de vue par ces mots : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons ! »
Souvent nous avons envie de baisser les bras devant l’adversité de la vie. Se réfugier dans un individualisme nous faisant renoncer à l’espoir d’un monde meilleur. Tant pis pour la planète, pour le gaspillage, pour les belles intentions. Les générations futures : ils n’auront qu’à se démerder. Comme nous.
Cela ressemble à vivre l’instant présent. Libre du futur dont on ne s’occupe plus, mais pas libre de son passé. Si cette attitude était juste, il n’y aurait plus de souffrance. Hélas, consommer n’apporte pas le bonheur.

La  manière croyante : la peur qui fait miroir à ma violence m’incite à essayer d’être meilleur.
La mort, qui est rappelée si souvent, m’incite à ne pas remettre à demain l’expression de mon amour pour mes proches. Demain, je serai peut-être mort : aujourd’hui, à qui je peux dire que je l’aime ?

(…)

Ainsi la mort, forcément source de peur devant l’inconnu, est perçue comme un passage et non comme une fin. La peur change de nature dans la foi.

Le profane a peur que la mort soit la fin. La menace de mourir engendre des regrets et des souffrances. Ai-je bien vécu ? Ai-je perdu mon temps ? En ai-je bien profité ?
L’idée de la mort s’associe à celle de souffrance. Le refus tempête : « Pourquoi encore souffrir, autant en finir ! ». Ainsi se propage l’idée de la mort programmée.

Pour le croyant, la peur de mourir laisse la place à un sentiment tout autre, mal compris pour le profane, «  la crainte de Dieu ». Elle n’a rien à voir avec un père fouettard. C’est un examen de conscience. Est-ce que j’ai accompli ce pour quoi je suis venu sur terre ?
Ne nous trompons pas sur le mot « accomplir ». Ce ne sont pas les œuvres qui nous sauvent. C’est la reconnaissance dans l’amour filial pour le Père qui apaise.

(…)

Mourir en héros ou vivre en n’étant personne

Les catastrophes ne vont pas se calmer.
Le réchauffement climatique, même si une limitation est possible, provoque un dérèglement auquel nous assistons déjà : tremblements de terre, volcanisme, inondations, incendies monstres. Même si certains mécanismes sont prévus comme l’élévation du niveau de la mer, certaines conséquences  sont inévitables : transferts massifs de population, abandon de territoires, migrations, etc.
Le terrorisme ne va pas se calmer.
Le désarroi des jeunes n’ayant pas d’avenir enthousiasmant va continuer à en faire des cibles privilégiées pour n’importe quels mouvements violents s’opposant à notre de vie, en prétendant changer le monde par la force, avec ou non un prétexte religieux. Mourir en héros l’emporte sur vivre en n’étant personne.

Pour lire l’article en entier  Reflets n° 20  pages 20 à 22

*************************************************************************

Danser, c’est prier, Interview de Franck Legros

Danser, c’est prier

Interview de Franck Legros

Fr Legros

Le corps, l’esprit et l’âme… La danse les exalte. Franck Legros s’est donné à Dieu avec cet art pour dire son essentiel et pour garder les jeunes dans l’Église.
Il était  danseur professionnel mais  insatisfait de sa vie : uniquement danser ne lui permettait pas de donner du sens à son existence. Attiré par la vocation religieuse il a concilié son art à la prêtrise,  pour unifier les trois dimensions de l’homme : physique, artistique et spirituel.
Il dit : « Lorsque j’interprète la danse de l’âme de Moïse, j’ai cette impression aussi douce qu’extraordinaire que tout mon être dialogue avec Dieu, entre terre et ciel ».
Un vent de liberté souffle sur Évreux !

À quoi sert l’art de la danse ?
Pour moi la danse intègre tout l’être humain. C’est une porte ouverte sur l’unité de sa personne en prenant en compte son corps, son esprit et son âme. Souvent, on peut voir dans un corps des blessures, un repli sur soi, un certain enfermement. Je crois que la danse peut être un vrai vecteur de guérison et même de libération du corps et de l’âme.

La danse est un vecteur de communion universel

Et dans ce sens-là, spirituellement, c’est aussi une ouverture vers Dieu le créateur. C’est aussi une façon de s’approprier l’espace qui est autour de soi.

(…)

Comment conciliez-vous le prêtre et le danseur ?
Je pense que Jésus-Christ est le prêtre par excellence et le danseur par excellence. Il est celui qui a intégré le spirituel et l’incarné. Et je m’appuie aussi beaucoup sur ce grand personnage, le roi David, qui avait cette liberté de pouvoir danser pour son Dieu et pour son peuple d’Israël, quitte à se ridiculiser.

Le peuple chrétien est un peuple de liberté

Certains, effectivement, peuvent être choqués qu’un prêtre danse, mais en fait c’est pour moi le moyen de dire que le peuple de Dieu, le peuple chrétien est un peuple de liberté.

Fr Legros danse

Et la liberté s’exprime aussi dans le corps.

(…)

Danser fait-il partie de votre service divin ?
D’abord, il y a une utilité personnelle : chaque matin, au lever, je me dois de choisir la joie et la liberté. Ce sont tous les textes de Saint Paul. Ce sont aussi les textes d’Isaïe qui dit : « Quitte ta robe de tristesse et reçois l’onction de joie ». Il m’arrive donc,  dans la chapelle, de prendre la décision de chanter. J’aime beaucoup cela. Et aussi de frapper des mains ou de danser ; pas simplement quand tout va bien mais même parfois quand c’est difficile, parce que je me dis que Dieu est en moi et que le chemin de la joie et de la victoire est là. Et ensuite entraîner le peuple de Dieu.
Je pense que l’Église catholique a profondément besoin de quitter la robe de tristesse, de se mettre en joie et de danser pour libérer l’esprit de Dieu en elle : cela habite mes tripes. L’Église a besoin de ça et les gens ont besoin de ça.

Est-ce que vous créez les chorégraphies dans des circonstances spécifiques pour un enseignement ?
En fait, il y a différentes circonstances. Majoritairement, je crée pour des spectacles d’évangélisation. C’est-à-dire que je monte des chorégraphies qui vont mettre en œuvre des passages de la Bible. Ces spectacles ne sont pas réservés à des spectateurs chrétiens, ils s’adressent à tous.

Quitte ta robe de tristesse et reçois l’onction de joie

 Et en d’autres circonstances, moi en dansant, je permets à ceux qui sont là de réaliser que Dieu nous rend libres. Parfois, je fais des chorégraphies rapides avec des jeunes ou des moins jeunes pour leur faire goûter cela. Dieu n’attend pas que tout le monde soit des danseurs étoiles, ce n’est pas le but. Tout le monde peut mettre son corps en mouvement, à sa mesure, pour respirer.

(…)

Comment souhaitez-vous conclure ?
Ma conclusion, c’est mettre en avant mon envie que l’Église soit libre. C’est mon grand cri : qu’elle choisisse la joie et la liberté.

FL dansePour lire l’article en entier, Reflets n° 20  pages 39 et40

*************************************************************************

« Bonne » humeur du jour , par Christian Roesch

« Bonne » humeur du jour

Christian Roesch

En ce moment foisonnent des livres pressentant l’émergence d’une nouvelle société.
Très souvent l’analyse de la société actuelle est pertinente. Les approches de la nouvelle s’appuient sur des valeurs tout autres.
– Une vraie démocratie
– Une société participative
– Une économie humaine

Les auteurs dessinent ainsi des modèles envisageables fondés sur une citoyenneté éclairée. Les solutions adéquates sont fondées sur le partage, l’altruisme, la liberté.
L’utopie semble réaliste.

Que manque t-il pour que le rêve devienne réalité ?
Il manque Dieu !

Comment est-ce possible sans foi en l’homme ?
Comment est-ce possible sans effort sur soi-même, pour soi-même ?
Comment concrétiser ce que l’imagination envisage sans le mettre en application dès aujourd’hui ?

Le monde ne peut devenir meilleur sans que je ne devienne meilleur.
MAINTENANT.
D’où prendrais-je la force de cet effort ?
– Dans l’expérience d’amour qui en résulte.
Cet amour précède l’expérience. Il est. Avec ou sans moi. Il est sans limite, ni de temps ni d’espace.
Il est Dieu.

Le monde à venir ne peut provenir que de cette expérience, qu’elle soit nommée ou non.
Sinon, sous une forme ou une autre, c’est toujours l’égoïsme au pouvoir.
Rien de nouveau sous le soleil !

*************************************************************************