Annick de Souzenelle – l’âme est un bijou sacré

Annick de Souzenelle a d’abord fait des études de mathématiques. Elle exerça le métier d’infirmière, puis de psychothérapeute d’inspiration jungienne. De culture catholique, elle se convertit vers la trentaine, à la religion orthodoxe. Elle apprend la théologie ainsi que l’hébreu. Elle relit alors les textes bibliques dans leur essence redécouvrant le projet divin altéré par les traductions réductrices. Cette connaissance, elle va la mettre à la disposition du public à travers de nombreuses conférences et livres, dont le dernier Va vers toi : La vocation divine de l’Homme éd. Albin Michel. 2013. Âgée de plus de 90 ans, elle poursuit inlassablement son activité. www.prieure-saint-augustin.org

Souzenelle-R17-1Quels ont été les moments clés de votre existence ?
J’ai vécu une expérience lumineuse dans ma toute première enfance. Je suis née dans ce monde très perturbé de l’après-guerre de 14-18. Ma famille a été complètement disloquée et j’en ai vécu toutes les conséquences. J’habitais Rennes et j’ai été envoyée en pension à Paris à l’âge de 4 ans et demi chez les bonnes sœurs qui ne comprenaient pas grand-chose à la détresse de cette petite fille. J’ai connu les enfers. Enfermée dans la pension, j’étais très malheureuse. Je n’avais plus aucun repère, ni géographique ni affectif, et c’est là que j’ai vécu une expérience lumineuse extrêmement importante. J’étais dans un vide et j’ai été précipitée au fond de ce vide. Au fond du vide, j’ai vu un autre monde que le nôtre et pendant longtemps, j’en étais là, à la recherche de cet autre monde. Je sentais bien que le nôtre n’était pas le vrai monde, que nous étions « en exil » de nous-mêmes. Je ne l’appelle pas du tout « la chute », ça n’a rien à voir. C’est une question d’exil. Nous sommes vraiment dans l’oubli.
Je me suis beaucoup attachée aux textes bibliques dès ma petite enfance alors qu’à ce moment-là, c’était interdit de lire la Bible ; et je m’apercevais bien que ce qui était dit voulait dire autre chose, que c’était le langage de mon monde et pas celui du monde extérieur.

Qui vous faisait l’enseignement de la cabale ?
Emmanuel Levyne, un rabbin, un homme très ouvert même en ce qui concerne le christianisme puisque, avant de mourir, il m’a écrit ceci : « Quand on va au fond de la cabale, on ne peut pas ne pas rencontrer le Christ ». Donc je vivais en stéréophonie ces deux sources, christianisme et judaïsme, et cela a été le commencement de cette grande aventure de mes écrits, de mon enseignement et surtout de mon devenir parce que, à mon avis, on ne peut pas écrire ou enseigner quelque chose qu’on ne vit pas.

Quand avez-vous commencé à enseigner ?
En fait, tout a commencé le jour où mon professeur d’hébreu a mis devant nos yeux l’arbre des Sephiroth. Je ne me souviens plus de ce qu’il a dit. Tout ce que je sais, c’est que j’allais faire mon marché à Paris et tout à coup, sur le trottoir de ma rue, j’ai vu l’arbre des Sephiroth se plaquer sur les christs de nos basiliques romanes et de nos chapelles orthodoxes. Je me suis dit : « Mais c’est le corps de l’Homme ! »

Depuis que vous l’avez dit, voir le corps humain sur l’arbre des Sephiroth, paraît une évidence.
À ce moment-là, ce n’était pas du tout une évidence. L’origine de ce dessin remonte à Moïse, qui sur la montagne, a eu l’expérience du Seigneur. Le Seigneur dit alors au frère et à la sœur de Moïse : « À vous deux je parle par énigmes, par songes, mais à mon serviteur Moïse, je parle de bouche à bouche et lui, il voit ma forme. » Par de multiples dessins Moïse a essayé d’exprimer son expérience mais aucun n’en rend compte vraiment. Lorsque mon professeur nous a montré celui-là, qui est le plus elliptique, il me parut éblouissant à moi qui ai étudié le corps dans mes études d’infirmière. Ça a été fulgurant. J’ai été saisie et il a fallu que je dise et que j’écrive tout ça. Je croyais que ce serait mon seul livre, en fait il est fondateur. Il a été traduit en six langues et va paraître en anglais en novembre 2015 aux États-Unis. C’est une grande aventure.

Après, j’ai voulu écrire ce que je voyais dans le livre de la Genèse. C’est une autre aventure, parallèle, très imbriquée avec celle-là, différente mais en remettant en question l’anthropologie classique. Je posais alors des questions alors à mon professeur de théologie pour être vérifiée. C’était un homme tout à fait exceptionnel. J’ai eu la grâce de le veiller toute la nuit avant sa mort et il m’a dit : « Annick, l’anthropologie chrétienne n’est pas née ». Ça résonnait avec les livres de Nicolas Berdiaev qui explique que l’anthropologie patristique est très insuffisante. Et ce fut comme s’il me donnait le coup d’envoi. J’étais en train de découvrir une nouvelle anthropologie grâce à cet arbre des Sephiroth et grâce à ma lecture du livre de la Genèse, livre compris jusqu’ici comme une description extérieure et historique du début de la création, alors qu’il s’agit de celle de l’Homme intérieur et actuel. Pendant longtemps j’ai refusé de prendre ma plume, me trouvant prétentieuse de faire une nouvelle traduction de la Genèse. Ce sont des accidents qui m’ont fait comprendre qu’il fallait que j’écrive. Alors je me suis mise à écrire le livre qui s’appelle Alliance de feu ; c’est l’Alliance entre Dieu et l’Homme, une alliance d’amour ! J’ai écrit par la suite plusieurs ouvrages parce qu’il y a des détails que j’ai voulu expliciter.

livresLire la totalité de l’article…REFLETS n° 17  pages 62 à 68

La chasse aux sectes masque l’essentiel – Jean Luc Maxence

D’entrée de jeu, le simple mot « secte » fait son effet funeste et angoissant et entraîne les médias hexagonaux dans une étrange hystérie de délation. Dès qu’on s’éloigne des traditions des grandes religions établies (le judéo-christianisme dans son ensemble), on est vite taxé de danger public, d’escroc, de hors-la-loi, de barbare de la pensée. Pour peu qu’on se rattache plus ou moins à un syncrétisme audacieux, ou à quelques écoles psychanalytiques mal définies, on est voué au pilori, excommunié même de la société civile, quand on n’est pas martyrisé, ni plus ni moins !

JL Maxence

Poète, psychanalyste d’inspiration jungienne, ancien directeur de l’ex- Centre DIDRO (Centre de prévention et de soins pour toxicomanes, reconnu d’Utilité Publique), essayiste, Jean-Luc Maxence est surtout le maître d’oeuvre de La francmaçonnerie, Histoire et Dictionnaire, Collection Bouquins, Robert Laffont, 2013. Spécialiste des religions, son dernier ouvrage Psychanalyse et imaginaire des légendes maçonniques, d’Hiram à Dark Vador, écrit avec le sociologue Frédéric Vincent (Dervy, 2015) est paru en septembre2015.

livre JL Maxence

Les Scientologues sont avant tout des escrocs, c’est bien connu (quelques scandales financiers probablement fondés n’empêchent pas l’église créée par L. Ron Hubbard de venir efficacement en aide aux autres, de lutter sans relâche contre les toxicomanies, de faire progresser la cause universelle des Droits de l’Homme, de combattre certains abus psychiatriques, de prôner le respect de soi, d’avoir même des « ministres volontaires » apportant une aide véritable en cas de catastrophes naturelles ou technologiques… ). Comme les fidèles du Guru Maharadji, les Scientologues font peur en France, et ce d’autant qu’ils croient aux vies antérieures et à la migration des âmes, et qu’ils encouragent de nouveaux états de conscience ! De même, les Témoins de Jéhovah (plus de 120 000 membres en France) sont persécutés pour leur refus des transfusions sanguines ou leur frayeur apocalyptique, les sobres mormons font fantasmer sur l’Amérique à convertir, l’Église « mooniste » sur les vertus du mariage à la chaîne, la Conscience de Krishna sur la chasteté, et tout ce qui appartient à l’expérience personnelle et à la mouvance du New Age – qui a déjà pris de l’âge ! – semble bien souvent, selon les chasseurs de sectes, confondre les aspirations religieuses légitimes d’un individu pensant et les fins lucratives de l’habile commerçant.

En Occident, tout serait lobbying masqué. Autour des sectes rôdent toujours des odeurs de soufre, des controverses tordues, des angoisses issues des intégristes de tous poils, et une peur bleue et permanente des « manipulations mentales » !

Comme l’explique très bien la professeure Anne Morelli de l’Institut d’histoire des religions de l’université Libre de Bruxelles, le temps du Grand Complot des juifs, des francs-maçons, des jésuites et des communistes militants est presque oublié. Il est devenu dépassé et démodé ; il a été remplacé par la sombre menace universelle suspendue au-dessus des têtes les plus innocentes qui a pour nom à jamais maudit : SECTE. Il faut désormais compter avec « la secte des adversaires des sectes », et supporter le raz-de-marée des dénonciations les plus grossières, en sachant, bien entendu, que tout ce qui est inédit au plan religieux correspond à chaque fois avec le satanique lavage de cerveau ! De ce point de vue, la trop célèbre Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a viré au fiasco, même si elle a jugé bon d’ajouter en catastrophe et très tardivement, après les attentats de Paris de janvier 2015, un secteur hypothétiquement ad hoc de lutte contre les aberrations sectaires issues de l’Islam et débouchant sur Daech…

L’hystérie purificatrice continue : chaque année, encore aujourd’hui, la Miviludes reçoit plus de 2000 « signalements » et « forme » environ 1500 « agents publics » chargés d’éviter les comportements de radicalisation et de lutter, bien entendu, contre les replis sectaires.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°17 pages 52 et 53