Charlie Hebdo -La société malade de sa foi – Bernard Montaud

Qu’avons-nous fait pour mériter cet attentat ? Bernard Montaud nous interpelle. La société est malade : sa laïcité mal comprise ne reconnaît plus le sacré. Les terroristes sont des malades de la foi en réponse à notre propre maladie de la foi.

Bernard Montaud

Comment lisez-vous l’événement de l’attentat de Charlie Hebdo ?

Il faut déjà voir une première chose : cela n’existe pas, de prendre une gifle et de n’avoir jamais rien fait auparavant pour la mériter. C’est très rare, de se faire gifler pour rien. Il est donc important de nous poser cette question : « Qu’avons-nous fait, pour mériter un tel attentat ? Qu’avons-nous fait pour mériter une telle réaction ? » Car s’imaginer que nous sommes tous innocents et que les autres sont tous des salops, ce n’est vraiment pas très élevé comme point de vue. Au lieu de regarder les événements et les choses toujours du point de vue des gentils et des méchants, du point de vue des bourreaux et des victimes, il faudrait plutôt s’interroger sur les misères réciproques de chacun pour que tous ces événements soient possibles.
Il est important de s’interroger sur : quelle misère faut-il à une culture dite moderne pour prendre du plaisir à salir le dieu des autres ?

Est-ce vraiment ça, la liberté d’expression : le droit de salir le dieu des autres ? Alors la liberté d’expression est un concept à revoir. Il faut s’interroger sur notre société, sur la nature et la misère de cette société, sur combien elle a dû perdre le sens du sacré pour s’amuser de la sorte à salir le dieu des autres. Je pense qu’on peut apercevoir les caricatures de Charlie Hebdo non pas comme l’expression d’une liberté de la presse, mais comme un signe d’une ignorance crasse du sacré. Car on peut aussi apercevoir les caricatures de Mahomet comme une profonde inculture de la part du monde moderne et comme une laïcité vraiment incomprise. La liberté d’expression ne peut pas nous donner le droit de salir le dieu des autres. Notre liberté ne s’arrête-t-elle pas là où les autres commencent à en souffrir ?

Avec ce point de vue, quelle serait la misère des terroristes ?
Effectivement, la deuxième chose à observer, c’est : quelle misère faut-il pour que de pauvres êtres réussissent à être importants, les deux derniers jours de leur vie, par des actes aussi odieux, aussi sordides et aussi injustes ? Il faut une grande misère humaine, une très grande misère morale, il faut avoir été si peu important dans sa société, dans sa famille, dans tous ses amours et auprès des autres pour avoir besoin d’une telle façon pathologique d’être important avec un faux martyre. Dans une société qui n’a plus aucune foi, qui ne sait plus croire en rien du tout, effectivement ne méritons-nous pas des malades de la foi pour nous interroger sur la foi ? Les terroristes sont des malades de la foi en réponse à notre propre maladie de la non-foi.

Cet événement Charlie Hebdo aura-t-il des conséquences à moyen terme ?
Je crois qu’il aura des conséquences très graves. Nous ne nous rendons pas compte que pour résister à l’intégrisme ordinaire qui naît dans nos propres banlieues, pour résister à la folie de la foi dans les cités des grandes villes, des séries de mesures seront prises qui vont être une fascisation progressive de la société française. Même si c’est un fascisme de gauche qui sera bientôt suivi par un fascisme de droite avec ensuite un autre épisode qui sera sans doute un fascisme de gauche. On voit bien qu’avec une banalisation du terrorisme vont naître des séries de mesures, soi-disant « dans notre intérêt et pour notre sécurité », qui seront toujours liberticides. Car soi-disant « pour nous protéger », soi-disant « pour notre sécurité », il se met en place des mesures qui seront toujours de l’ordre d’un fascisme ordinaire. Oui, je crains qu’au nom de cette banalisation du terrorisme, nous nous retrouvions avec des mesures de plus en plus radicales conduisant à un fascisme larvé de la société occidentale. Au nom de la liberté, nous aurons de moins en moins de liberté.

Au nom de la liberté de la foi, nous devrons apprendre à croire comme « ils » veulent !

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°15 pages 11 et 12

Une rencontre : Lilou MACE

J’avais déjà vu des interviews que fait Lilou MACE sur youtube. On y arrive parce qu’un jour un « ami » de facebook, partage une vidéo. Par hasard, j’allais dire, mais y a-t-il vraiment un hasard ? Ou bien sommes-nous mûrs à ce moment-là pour être interpellés ? Je m’étais ensuite abonné à sa chaîne TV sur internet, (www.lateledelilou.com). C’est comme cela que je me suis retrouvé un soir d’Avril dans une salle à Mulhouse pour une conférence animée par Lilou. C’est elle qui nous accueille avec des mots gentils, légers.

Elle nous raconte son chemin depuis qu’elle a créé la TV de Lilou, chemin initiatique dans un premier temps ; l’instant présent pleinement vécu y est générateur d’une énergie extraordinaire. Elle débute son propos toujours par la même phrase, comme un mantra : Bonjours mes délicieux cocréateurs et cocréatrices.

Elle insiste ainsi sur le fait que la rencontre avec les gens est source de création d’instants merveilleux pourvu que nous soyons présents et ouverts à l’expérience. Tout est sur le même ton, léger ; parfois elle s’égare dans le développement d’histoires et ne se souvient plus du pourquoi ! C’est plein d’humour et d’humeur joyeuse. J’y ai passé un moment unique en me prêtant à son jeu. Puis autour d’un pot de l’amitié – tout biologique – elle n’hésite pas à consacrer du temps aux personnes qui l’interpellent, qui prennent des photos. Si vous apprenez qu’elle passe dans votre région, n’hésitez pas, allez à sa rencontre, vous verrez ce que signifie énergie créatrice.

Maxime Mocquant

Prise en charge de L’HOMME GLOBAL – Jean-Guilhem Xerri

Jean-Guilhem Xerri est psychanalyste et biologiste médical des hôpitaux, diplômé de l’Institut Pasteur et de l’École Supérieure de Commerce de Paris. Il est président d’honneur de l’association « Aux Captifs la libération ». Il a été membre du Conseil National des politiques de Lutte contre l’Exclusion et de la Conférence Nationale de Santé. Il est auteur d’articles et d’ouvrages sur les questions du soin, de l’humanisme et de la charité. Son dernier livre est paru en novembre 2014 : « À quoi sert un chrétien ? » Ed. Le Cerf

jean Guilhem Xerri

Au premier abord, le couple soignant/malade ne s’intéresse qu’au corps. Mais l’humain est inséparable de sa chair. La souffrance de la maladie mortelle dépasse le somatique et le psychologique. Dr Jean-Guilhem Xerri propose d’oser aller plus loin. Faire progresser le soin, c’est chercher comment prendre en compte la nature spirituelle de l’homme.

Pour la première fois, l’humanité parvient à se soigner, à la fois grâce à l’amélioration des conditions d’existence et aux progrès considérables de la médecine scientifique depuis les années 1950. Mais, au-delà de ses aspects de technique, d’organisation et de moyens, la question de la maladie et donc du soin est profondément spirituelle. Le couple maladie/soin est une histoire d’Homme, et donc d’hommes et de femmes, de chair et de sang, d’intelligences et de passions, de vie donnée et de vie reçue. Il est une histoire entre des personnes fragilisées et d’autres qui tentent de les soulager, avec ce qu’ils sont ; les uns devenant un jour les autres.

La primauté actuelle de la rationalité technique oriente l’action de soigner vers le faire et le savoir-faire. La pression croissante des considérations économiques la conduit à être un objet de processus et donc d’évaluation. Le modèle anthropologique séparant le corps et l’esprit amène de fait à dissocier la personne de la souffrance qu’elle éprouve. Enfin, l’histoire de notre pays et la sécularisation de notre société renvoient les considérations spirituelles et philosophiques, et encore plus religieuses, dans la sphère privée. Tous ces éléments contribuent à ne pas interroger le sens, ou tout au moins à rendre difficile la formulation de questionnements d’autres ordres que strictement technique, économique ou au mieux éthique. Les dimensions de la souffrance et du soin qui dépassent le somatique ou le psychologique sont souvent ignorées et mises de côté.

Pourtant, la maladie, et particulièrement le cancer, va interroger la personne dans ce qui fonde son identité profonde, parfois jusqu’à la faire vaciller. Dans la souffrance, quelle qu’en soit la porte d’entrée, l’identité est en crise.


Parce que la souffrance a des conséquences sur l’identité profonde, le soin ne peut pas se limiter à une approche technique soutenue par une représentation dissociée corps/ esprit de la personne. La démarche scientifique de la médecine doit s’associer à une attention à la globalité d’une personne singulière, perçue dans l’histoire de son existence, en lien avec un environnement. Aujourd’hui, de nombreux modèles montrent que la souffrance est un phénomène bio-psycho-social qui implique l’être entier. Envisager une prise en charge globale complète implique de considérer que l’Homme, le soignant comme le bénéficiaire du soin, est un être bio-psycho-social dont les besoins corporels requièrent d’être associés à des besoins psychologiques et sociaux. Il faut oser aller plus loin et considérer qu’il est aussi bel et bien un être spirituel ouvert à l’expérience intérieure, consentant à son mystère, confronté à l’énigme d’avoir à souffrir, à mourir, cherchant un sens à son histoire.
Face à des tendances lourdes qui façonnent une humanité déshumanisée, l’enjeu consiste donc à développer une vision de l’homme sous son angle spirituel. Faire progresser le soin, c’est chercher comment prendre en compte la nature spirituelle de l’homme. Soigner pleinement un patient, c’est aussi lui reconnaître une vie spirituelle. Mais l’ignorance des sujets spirituels persiste dans la médecine contemporaine de l’Occident. La philosophie occidentale a surtout pensé le spirituel en opposition au matériel sous des catégories religieuses dont il peine à se séparer. Cette pensée dichotomique nous imprègne tellement qu’il nous est difficile de penser l’unité de l’être. Mais peut-on se satisfaire de considérer que le spirituel est une dimension de l’homme parmi d’autres, qui se situerait à côté de ses autres dimensions physique, psychologique et sociale et au même titre qu’elles ?

Il nous semble que la souffrance spirituelle n’est pas qu’un aspect de la souffrance globale. Il ne s’agit pas d’une question particulière, référée à une compétence particulière. Il s’agit, au contraire, d’une question centrale touchant à la nature même de la personne humaine et de son accompagnement. Les besoins spirituels ne sont pas que des besoins spécifiques, ils sont liés aux autres besoins et les sous-tendent. Ils ne font pas partie d’une classe à part, ils englobent l’être entier. Il n’y a donc pas de recette spirituelle à offrir à l’autre souffrant. Il n’est pas en « manque » de spirituel. Le besoin s’exprime dans une attente ou une demande de relation avec l’autre, de vérité, d’authenticité, de confiance.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n° 15 page 24 à 26