ARCABAS- peintre habité par le sacré

Jean-Marie Pirot – connu internationalement sous le nom Arcabas – et son épouse Jacqueline – un couple aimant, si vivant à l’âge de la sagesse – nous reçoivent dans leur jolie maison à Saint Hugues de Chartreuse, pas trop loin de l’église qu’il a décorée pendant tant d’années. Arcabas se défend d’être un peintre d’art sacré. Pour lui tout est sacré. Peindre un sujet profane ouvre aussi sur le sacré. Aujourd’hui à 88 ans il s’assied plus de dix heures par jour devant son chevalet : ainsi, il manifeste l’attitude « adorante » qui guide sa vie.

photo arcabas def

Pourquoi à l’âge de 26 ans, vouloir décorer une église ?

À 17 ans, j’étais un « Malgré nous », enrôlé de force sous l’uniforme allemand. Je me suis évadé et je suis parti à Paris où j’avais un frère qui m’attendait. J’étais un fils à part dans ma famille de catholiques. Ma maman et mon papa étaient de fervents croyants qui n’ont pas imposé à leurs enfants de suivre la voie normale. Quand j’arrive à Paris, je me fous pas mal de la religion et de tous ses problèmes et je m’inscris à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts. J’y rencontre un ami, un gars du Nord, un bon vivant. Dans
un appartement plus ou moins abandonné du boulevard de l’Opéra, il faisait une illustration de la Bible, commandée pa un quidam. Il me tenait un langage étrange avec des citations de l’évangile que je comprenais mal car je ne l’avais pas encore lu. Et un jour, je me suis dit qu’il fallait que je lise ces évangiles d’où sortaient ces propos étranges avec une certaine beauté cachée.
Je les ai lus et j’ai eu une espèce de coup de foudre. Quelque chose s’est fait lentement, par degré de prise de conscience et je suis devenu celui que j’étais. Quand j’ai quitté l’École des Beaux-Arts, j’avais 21 ans, ma vie commençait enfin. Je me suis mis à rêver un peu à vouloir faire mon Michel-Ange. Et j’ai cherché des églises où des murs pourraient m’être proposés, en Savoie en particulier. Mais les responsables religieux n’ont pas osé faire confiance à un jeune artiste sortant de l’école.

Quand vous avez commencé la décoration, qu’aviez-vous en tête, une vue d’ensemble ?

Oui, même s’il m’a fallu trois phases et trente années pour tout réaliser. Lors de la première phase des travaux (en 1952), j’ai peint des toiles de jute sur les murs et puis curieusement j’ai peint les arcs-doubleaux en orange comme si c’était une barque renversée.

eglise de cluse

En fait, je me demandais pourquoi avoir fouillé des espaces supérieurs de l’église alors que je n’y avais rien fait. Mais pourquoi ? J’ai eu peur d’avoir raté l’église. En 1973, de retour du Canada, j’ai compris qu’elle n’était pas ratée, mais simplement non terminée. Je devais intervenir à nouveau. J’ai été prémonitoire de moi-même et ce sont des choses secrètes dont on ne peut pas parler. Le mot « inspiration », je l’utilise très peu parce que je me sens d’abord un artisan.

Qu’est-ce qui guide vos mains ?
Ce sont mes anges qui sont là.

C’est étonnant que vous ayez tant duré sur cette oeuvre-là. Qu’est-ce qui vous a motivé pour continuer si longtemps ?

Un peintre ne peut pas abandonner une œuvre qui est en route, qui ne respire encore pas, mais qui va le faire si vous lui donnez un peu plus d’amour.

les pélerins d'EmmaüsToile – Les pélerins d’Emmaüs

Parmi mes chantiers, Saint-Hugues est le plus précieux, le plus fini, le plus complet. Mais à Bergame, en Italie, j’ai un exemple similaire. Même dans l’architecture, je suis intervenu. J’ai tracé tout le chemin que doit tracer un peintre quand il a la chance de vivre. C’est une question de fidélité et de coeur.

Pour lire la totalité de l’article…REFLETS n°13 pages 76 à 81

Je remercie de ce que je reçois – André Cognard

André Cognard enseigne sur les cinq continents l’Aïkido reçu de son Maître,Kobayashi Hirokazu Sensei, au sein de la fédération Kokusai Aikido KenshukaiKobayashi Hirokasu Ryu Ha (Aïkido Kobayashi). En particulier au Japon qu’il connaît dans son âme comme en témoignent tous ses livres. (Voir Reflets n°4 et 7)

André Cognard def

Les religions se sont de tout temps intéressées à la manière de manger. Elles ont essentiellement posé des interdits, peu de préconisation. Il y a pourtant une cène qui nous interpelle à propos de la convivialité. Si vous êtes réunis et partagez, alors vous mangez le divin. Cette question du partage est plus que jamais d’actualité. Les guerres s’enracinent toujours dans des questions identitaires dont le substrat est un amalgame de religion, de culture, de tradition qui masque la peur inconsciente de perte de soi. Bien sûr, la mort est là, menace qui plane réellement sur ceux qui ne mangent pas à leur faim, mais aussi dans la mémoire ancestrale de ceux qui mangent suffisamment. Alors, ils mangent trop, meurent de trop manger et font mourir de faim ceux qui manquent du minimum vital. Il est bien question de partage. Si nous continuons à manger de grosses quantités de viande, nous occupons, pour faire croître la nourriture des animaux, les terres qui produiraient les céréales pour nourrir ceux qui en manquent. Combien de kilos de céréales et de fourrage pour faire un kilo de viande ? Nous épuisons la terre et la polluons gravement et nous faisons souffrir les animaux à qui nous donnons des conditions de vie et de mort épouvantables. Viennent s’y greffer les conséquences sur la santé humaine : pesticides, engrais, antibiotiques, hormones utilisés pour cette production de viande ingérés au bout de la chaîne par le mangeur. En réponse aux objections éventuelles je ferai une courte liste non exhaustive : la grippe aviaire, la vache folle, la tremblante du mouton, etc…

Ce droit à faire violence aux animaux et aux humains dont on sait qu’ils sont dans le manque, ce droit que nous nous arrogeons est la porte ouverte à toutes les violences.

Mon maître m’enseignait presqu’autant à table que sur les tatamis. Il considérait que manger ne pouvait jamais être un acte banal de réponse à un besoin biologique. C’était ainsi à condition que ce besoin soit exprimé avec toute sa puissance symbolique, celle d’élever les hommes en les réunissant. Pour cela, il voulait que tout repas, même le plus courant, soit une fête : réjouissons-nous, nous sommes réunis et le besoin de manger nous montre que nous sommes en vie.
À présent, accordons la plus grande attention à ce que nous mangeons car cela nous est donné. Recevons en conscience : Itadakimasu en japonais ne signifie pas « bon appétit » comme cela est souvent traduit, mais bien « je remercie de ce que je reçois ».

Lire la totalité de l’article… REFLETS n°14 pages 42 à 44