Alexandro Jodorowsky-Poète de la conscience

Certains pensent que la vieillesse est une déchéance. Ce n’est pas le sentiment que donne Alexandro Jodorowsky. Il s’agirait plutôt d’une étape puissante de l’existence où les mots se concentrent, le point de vue s’élève, l’activité se focalise sur l’essentiel. Bref, le vrai nom de cet âge serait la sagesse, quand l’existence a été remplie. Il nous reçoit chez lui, à Paris, dans son salon dont un pan est chargé d’objets souvenirs. Malicieux, attentif, chaleureux, il s’intéresse vraiment à son interlocuteur, choisissant ses mots avec précision et simplicité. S’il devait n’y avoir qu’un qualificatif pour le résumer, ce serait la bonté.

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Extraits…

Qu’est-ce que vous attendez encore de l’existence ?
Dans l’univers, je parle de moi comme quelqu’un qui regarde quelque chose. L’univers est en continuelle expansion. Tout est en train de changer et de grandir, de pousser. À mon avis, la vie pousse l’univers avec la conscience de la création d’une conscience. Mon cerveau est en train de pousser comme l’univers, comme le vôtre. Une grande partie du monde ne se rend pas compte que c’est pareil pour sa vie. Vous m’avez dit que vous avez eu un accident, vous avez changé. Et si vous n’aviez pas eu d’accident, vous seriez toujours un dentiste, quelle catastrophe ! C’est maintenant que vous êtes plus près de vous-même parce qu’il y a eu un changement. Vous avez grandi. Vous savez comment vous faire pousser.

Vous êtes sorti du moule dans lequel la famille, la société, la culture vous ont mis. On n’est pas ce qu’on est, on est ce que les autres veulent que l’on soit dès qu’on est bébé. Au moment où il y a un changement, on devient ce que l’on est, un être libre de grandir sans arrêt. Vous avez la réponse. Je réponds exactement comme je pense.

Alors, maintenant on va parler de votre dernier livre.
Quel était le but de ce livre ?
La poésie, c’est dire mon sentiment personnel. Rimbaud, Verlaine, Baudelaire ce n’est pas mon truc. Moi, j’admire le Tao Te King de Lao Tseu, les poètes qui parlent des livres sacrés. Pourquoi ne pas faire une poésie sacrée ? Je vais lire les chapitres du Yi King et je vais en faire la résonnance poétique. Je ne veux pas décrire les hexagrammes chinois mais je vais dire ce qu’ils m’ont évoqué. Ça s’appelle : À l’ombre du Yi Jing.

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C’est ce qui vous inspire. C’est aussi un livre divinatoire.
Si tu veux mais je ne l’ai pas utilisé comme tel. Mais on peut l’utiliser comme ça, comme le tarot. J’ai fait aussi un livre de tweets. C’est la chose la plus méprisée du monde et j’en ai fait un livre profond. Il m’a semblé que c’était un moyen d’exprimer quelque chose.

Votre livre est de la poésie qui parle au coeur, pas au cerveau. J’ai relevé l’hexagramme qui s’appelle «Lumière de l’ombre » (p. 54)

Que ta maladie te serve d’échelle.
Elle vient révéler l’endroit où ton esprit s’est pétrifié,
t’inviter à le transformer jusqu’à ce qu’il coule
telle une source au printemps.
Ne lutte pas contre elle, sa mission est de te
rappeler que seul le chemin éthéré te conduit
au réel, c’est-à-dire à toi-même.
Ce qu’on t’a dit que tu étais sans qu’en réalité
tu le sois est la maladie.
Aime ta prison mentale, grâce à elle tu crées
peu à peu une auréole.

Vous intéressez-vous au monde ?
Je lis le journal chaque jour, et vois comment le monde va mal. Ils se battent pour des frontières. Ça c’est faux. Ils sont dans l’illusion des choses. Il n’y a pas de pays, c’est une planète. On se bat pour des limites, comme celles de soi-même.

Que peut-on faire ?
Être patient. On ne peut pas changer le monde maison peut commencer à le changer. Comment faire ? En se changeant soi-même. Et pourquoi on veut se changer soi-même ? On se change pour enrichir le monde. Être meilleur pour rendre le monde meilleur, c’est le but.

Pour lire la totalité de l’article…Revue REFLETS n°12 pages 63 à 69