Le rôle du père? Donner la force…Jean Burdin

Lors de la naissance de son premier enfant, Jean Burdin s’est trouvé dérouté par la puissance de l’expérience. Il a alors entamé une recherche personnelle pour comprendre sa place d’homme. Deux enfants plus tard, convaincu qu’il est nécessaire qu’une parole masculine soit présente dans cette expérience traditionnellement féminine, il s’est engagé dans l’association des Drôles de Mamans… pour qu’elle devienne « les Drôles de Mamans… et Papas ! »

Accompagner c’est soutenir quelqu’un dans la réalisation de son projet. Quand le projet est un enfant, accompagner n’est pas un rôle secondaire. C’est la place toute désignée du père lors de l’accouchement. Il peut favoriser un climat de paix indispensable pour que la future mère vive l’expérience pleinement.

 Quand nous sommes en difficulté, nous cherchons naturellement de l’aide auprès de ceux qui nous aiment. Imaginez-vous malades, dans l’incapacité de manger. Pour vous nourrir préférez-vous des mains expertes ou des mains aimantes même si elles sont un peu maladroites ? Ce simple point de vue donne déjà au père toute sa place lors d’un accouchement.

La femme va traverser une des expériences les plus intenses de sa vie, tant physiquement que psychiquement ; l’enfant va vivre une expérience unique en venant au monde. Le père est leur meilleur accompagnateur, par l’amour qu’il leur porte.

 

Pour accompagner il doit connaître le mieux possible les difficultés de l’expérience ainsi que les forces et faiblesses de ceux qu’il accompagne. S’il doit tenter d’être prêt aux différentes éventualités, il devrait aussi connaître un peu sa compagne pour pouvoir l’aider au mieux. Enfin il doit surtout savoir comment elle souhaite vivre son accouchement, car accompagner quelqu’un, c’est aussi tout mettre en œuvre pour qu’il puisse vivre ce qu’il a choisi.

 

…C’est le premier rôle du père : apprendre ce qu’il y a à savoir sur l’accouchement, comprendre du mieux qu’il peut ce que sa femme souhaite vivre. Cette préparation pourrait être délicieuse si elle prenait la forme de rendez-vous d’amoureux qui construisent ensemble l’évènement à venir…

 Lire la suite … Revue Reflets n°10 pages 24 à 26

 

 

 

L’accouchement, une initiation? – Dr Hugues REYNES

Photo REYNES def

L’accouchement : une initiation ?  

Dr Hugues REYNES

 Le Docteur Hugues REYNES est gynécologue obstétricien. Pendant  30 ans, il a exercé au sein d’un cabinet de groupe rompu aux techniques les plus pointues.Les nombreuses questions posées par son exercice professionnel l’ont conduit  à s’intéresser à l’intimité de la relation unissant somatique et psychique. Il est à l’origine d’un accompagnement des personnes et du couple dans la maternité, la parentalité, la sexualité, l’infertilité, la ménopause. Auteur de deux livres sur la grossesse et la parentalité, il propose des ateliers, cycles et formations. Son travail sur l’infertilité à fait l’objet d’un film pour la télévision. Il participe aussi régulièrement à des émissions sur RMC.

Être initié est un choix libre

Lors de la mise en travail, la femme se trouve face à un choix : se dépasser pour donner la vie ou se protéger et s’en remettre au monde médical qui se retrouve alors investi de toutes les responsabilités, comme si la femme qui accouche n’en avait plus aucune ! Tout devrait se dérouler sans risque, sans douleur et sans effort et parfois même sans accouchement dans les demandes de césariennes dites de « confort ». Dans ce niveau de conscience qui appartient à la maturité actuelle, l’humain cherche tout naturellement à éviter l’effort, mais aussi la responsabilité.

A l’inverse, cette première étape pourrait conduire la femme à un engagement puissant qui lui ouvrirait la porte de l’initiation. Mais il ne faut surtout pas se leurrer : il ne s’agit pas d’une décision intellectuelle plus ou moins assumée, mais d’un rassemblement de tout l’être qui compte ses propres forces, mesure qu’il n’y a pas le compte et sait qu’il devra se dépasser. De cette première étape dépendent toutes les autres, car la fermeté avec laquelle elle sera prise permettra ou non l’initiation.

 L’homme peut y participer pleinement, puisqu’il est lui aussi devant un choix : mettre le meilleur de lui pour accompagner celle qu’il aime dans une des expériences les plus intenses de sa vie, ou laisser les choses se faire dans une certaine passivité, peut-être parce qu’il n’a pas eu vraiment l’occasion d’estimer l’importance de sa place et l’expérience qui s’ouvre à lui.

Maître des douleurs du corps par les contractions vaincues, maître des douleurs de l’esprit par les contrariétés vaincues.

Selon qu’il s’agisse de l’homme ou de la femme, cet engagement va produire deux expériences  complémentaires par le dépassement qu’il va demander :

L’expérience de la femme est liée aux contractions utérines. Chacune va faire monter un flot grossissant de commentaires liés à l’histoire personnelle, qui va accroître la douleur. Son initiation peut se comprendre ainsi :

« Je sais que je rajoute à l’effort musculaire de la contraction, une inutile douleur psychique issue de mon passé. Je sais que lors de chaque contraction, en m’occupant des commentaires qui montent dans mon psychisme, j’agis sur la douleur elle-même. J’apprends ainsi à la vaincre pour accéder à la femme qui est en réalité, dans un corps à corps et un cœur à cœur avec son enfant. Je peux devenir maître des douleurs du corps en rejoignant un « ici et maintenant » fait d’une intense communion consciente avec mon enfant ».

– Celle de l’homme peut se traduire ainsi : …

Lire la suite…Revue Reflets n°10 pages 32 et 33


 

 

 

Au service de la terre – Rencontre avec Pierre RABHI

au nom de la terre

Pierre Rabhi nous reçoit dans sa ferme, où il vit depuis 52 années. C’est une maison où il fait bon vivre loin de l’agitation urbaine. L’intérieur comme l’extérieur de la maison respirent la simplicité. Le lieu invite à la paix.

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La première impression que dégage Pierre Rabhi est de vivre ce qu’il prône : la sobriété heureuse. Il nous donne d’entrée le tempo : « Le message que j’essaie de faire passer ne date pas d’aujourd’hui : il y a eu un moment où il a été audible, n’a pas été audible et puis de plus en plus audible. Au départ,  les arguments fondamentaux étaient déjà là.  Mais évidemment, au fur et à mesure de l’évolution de la société actuelle, il se révèle que notre prémonition, pressentie depuis longtemps, s’avère n’avoir pas été fausse ».

 

Extraits…

…Mais je voulais devenir paysan. C’est ainsi que j’ai découvert la biodynamie. Pfeifer relatait une expérience de l’agriculture biodynamique : ses moyens, ses techniques, ses approches, etc. J’y ai souscrit totalement. Je peux cultiver la terre, la respecter, l’améliorer, ne pas la détruire et la transmettre vivante aux générations qui viennent, parce qu’elle est « par moi », provisoirement en moi. A partir de là, ça s’est bien aligné entre les nécessités matérielles et l’éthique, et même je dirai la spiritualité fondamentale.

On entre dans un état de spiritualité réel, pas seulement les grandes incantations. On peut dire est-ce que mon attitude d’être humain vivant, demandant la vie, est dans la gratitude, la reconnaissance ? Est-ce que les pratiques que j’applique sont en harmonie avec ce caractère sacré de la réalité ?

Le sacré, tout le monde en parle, mais dans la réalité, c’est beaucoup de proclamations, de belles phrases, etc. Dans la réalité on continue à détruire la vie, et donc à profaner la création. Dès lors qu’on croit qu’à l’origine il y a un divin, ce divin doit être respecté. Là, les religions ont été complètement défaillantes. Elles n’ont jamais parlé de respecter la vie, de respecter la terre, de respecter les créatures, parce que c’est œuvre de Dieu.

Il y a une énorme contradiction entre les grands blablas, les grandes phrases esthétiques, l’esthétisation du langage, par rapport à la réalité qui est toute simple. C’est que nous empoisonnons l’œuvre divine, nous la détruisons, nous mettons beaucoup de poison. Dans la réalité, cette planète magnifique, qui ne nous veut que du bien, est un don extraordinaire du divin. Tout ce qu’on sait faire c’est l’empoisonner. Jamais l’église ne s’est insurgée. Jamais personne ne s’est insurgé pour dire simplement « vous ne devez pas profaner l’œuvre divine ». Dans la réalité, on détruit la vie, on détruit la création ; et on est fautif par rapport aux générations qui viennent, puisque l’héritage qu’on va leur donner est un héritage empoisonné. Pour moi, c’était : « comment on fait pour trouver l’harmonie avec une vision sacrée ? Et comment faire que cette vision m’amène à respecter le sacré, à respecter la vie ? »

Comment définissez-vous le sacré ?

Le sacré c’est simplement une sensation extrêmement profonde que les choses ont une valeur divine, qu’elles sont l’émanation d’une grande intelligence divine qui fait que tout ce qu’elle a proposé est destiné à être ressenti au plus profond, et donc respecté.

 

Parlez-nous du mouvement Colibris. Concrètement, quel est son avenir ?

Le mouvement Colibris a pour objectifs de relier, inspirer et soutenir les initiatives pour une société plus écologique et plus humaine. Il s’agit d’un mouvement qui crée des liens, qui fait que des gens dans les mêmes territoires se reconnaissent comme partageant les mêmes valeurs, voulant être ensemble, etc. Le mouvement Colibris a lancé en janvier 2013 sa révolution ! C’est une grande campagne, un élan important pour faire face à la crise écologique et sociale, c’est une sorte de feuille de route alternative coopérative et citoyenne qui permet, par thématique (économie, alimentation, éducation, démocratie…) d’aborder tous les sujets qui concernant la société civile.  Nous sommes en train de réfléchir à un rapprochement avec les « Oasis en tous lieux », concept que j’ai initié il y a une quinzaine d’années, consistant à rassembler des gens qui partagent les mêmes idées, les mêmes valeurs, pour recréer des solidarités de groupes et des espaces dans lesquels on peut mutualiser.

Vous trouverez l’article complet dans la revue Reflets n°10 pages 55 à 59