Cheikh Khaled Bentounès répond à la question:  » A quoi sert un chemin spirituel? »

Cheikh  Bentounès est Maître Spirituel de la Confrérie Soufie Alawiya, comptant aujourd’hui des dizaines de milliers d’affiliés. Homme de paix, il parcourt le monde transmettant l’enseignement traditionnel soufi et oeuvrant pour le dialogue entre les religions. Il souligne « si l’Islam est un corps, le soufisme en est le cœur, on y réapprend à goûter la saveur de Dieu dans le silence de l’instant ». www.aisa-net.com

Qu’est-ce qu’une voie spirituelle ?

 Pour nous, la voie c’est ce qui nous relie à la source. Source d’où est sorti un message, un enseignement spirituel. Une voie ne peut être considérée comme une voie traditionnelle que si elle est rattachée à travers une chaîne de transmission de maître à élève durant un temps donné dans l’histoire.

 Est-ce que vous faites une différence entre une voie et un chemin spirituel ?

 La voie est ce qui relie plusieurs personnes, une communauté. Par contre, un chemin spirituel – il faudrait peut-être l’appeler cheminement spirituel- est quelque chose d’individuel. Pour les soufis, il y a autant de chemins qu’il y a d’êtres sur la terre. Chacun de nous a son propre cheminement, son propre tempérament, sa vision et sa sensibilité. Nous sommes face à notre propre réalité qui nourrit notre conscience. Le cheminement est singulier dans une voie qui rassemble plusieurs personnes.

Quelle est la différence entre religion et voie ?

Toutes les voies et religions au début d’un message ne faisaient qu’un. L’histoire nous raconte qu’au début de chaque révélation il y avait un homme. Et c’est seulement après lui que naissent les institutions religieuses. Par exemple l’Islam n’est pas né dans une mosquée, ni le christianisme dans une cathédrale, ni le judaïsme dans une synagogue, etc.

Si nous remontons à la source, on constate qu’au début il y a le principe de l’unité incarné dans un être qui vit et reçoit pleinement le message et le transmet. Et c’est de cette personne qu’est sorti un enseignement qui, avec le temps, s’est transformé en institution religieuse avec sa liturgie, ses lois, ses règles, etc.

Si la religion est une affaire de transmission, la voie est une affaire de réalisation. La religion nous transmet une croyance, une foi alors que la voie nous propose un chemin d’éveil qui aboutit, s’il est pleinement vécu, à la réalisation.

 La spiritualité est un chemin individuel, la religion, c’est la référence au collectif.

 Lire la suite… Reflets n°9 , page 32

Réponses de Philippe PLET à la question: « à quoi sert un chemin spirituel? »

Après des études de théologie à l’université de Fribourg, un noviciat en Italie et une licence de théologie à l’Angelicum de Rome, il est ordonné prêtre en 1998. Il devient religieux  de la Congrégation des Passionistes   (fondée sur la Passion du Christ), suivant le chemin austère de son fondateur Saint Paul de la Croix.  Le Père Philippe Plet devient prédicateur, charisme propre aux religieux passionistes. Il exerce également la seconde « activité » sacerdotale essentielle léguée par son fondateur Paul de la croix : la direction spirituelle. Il anime le sanctuaire marial Notre Dame du Cros dans l’Aude. www.philippe-plet.org

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Qu’est-ce qu’un chemin spirituel ?

 Pour le définir, je m’appuierai sur Saint Jean : faire un chemin spirituel, c’est chercher la vérité. « Quiconque est de la vérité écoute ma voix », nous dit Jésus. Saint Augustin a bien noté la subtilité de l’expression. Il n’est pas dit : « Celui qui entend ma voix est de la vérité ». C’est l’inverse qui est dit. C’est en étant de la vérité que l’on reconnaît la voix du Christ et donc, la totalité de cette vérité, son accomplissement. En amont de toute conversion, il y a « quelque chose », et ce « quelque chose » est résumé par l’expression : « être de la vérité ». Il faut l’interpréter comme « avoir le désir de chercher la vérité », être orienté, fasciné par cette recherche. Voilà, selon moi, ce qu’est un cheminement spirituel. C’est Jésus qui l’a dit : ça commence là ! Et ça aboutit, au bout du compte, à entendre la voix du fils de Dieu ; ça aboutit à une doctrine religieuse, à une pratique religieuse. Mais tout commence intérieurement et, en tout cas, par cette quête de la vérité.

Qu’est-ce qu’une voie spirituelle ?

Chaque grande religion représente une voie spirituelle. Il ne faut pas être syncrétiste : on ne peut pas dire que tout se vaut. Et c’est justement de la responsabilité de chacun de rechercher la voie la meilleure, la plus complète, d’un point de vue objectif : où est la vérité toute entière ? Certaines voies spirituelles nous montrent et nous permettent de trouver une portion de la vérité. Je crois que le christianisme nous offre vraiment la vérité tout entière. Mais on n’est pas toujours en mesure de la recevoir. Une voie spirituelle, même ne donnant pas la vérité tout entière, peut être parfaitement adaptée à la situation particulière d’une personne déterminée, il n’y a pas de rupture, il n’y a pas de nivellement non plus. Il faut rester exigeant, mais se garder d’être méprisant.

Quelle est la différence entre une religion et une voie spirituelle ?…

Lire la suite.…Revue Reflets n°9 pages 44 et 45