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La réforme du code du travail

La réforme du code du travail

Maxime Mocquant

Pendant tout l’été, le gouvernement, les syndicats, le patronat et les députés ont débattu de la réforme du Code du travail. Suite à ces négociations, pour accélérer la procédure sans pour autant négliger en amont les discussions sociales, le gouvernement procédera par ordonnances. C’est le 28 décembre 1910 que le premier recueil intitulé Code du travail a été adopté par une loi. Depuis, il n’a cessé de s’enrichir d’articles pour protéger les salariés et faire en sorte que toutes les entreprises se réfèrent à un texte commun. Plus de 3000 pages définissent les relations individuelles et collectives au travail, la durée du temps de travail, les salaires, la santé et la sécurité sur les lieux de travail, l’emploi, la formation professionnelle, les dispositions particulières à certaines professions ainsi que le contrôle de l’application de la législation du travail.
Dans cette réforme du Code du travail, deux visions s’opposent. Les uns veulent le simplifier et le rendre flexible pour suivre l’évolution des entreprises, au risque de faire régresser les avantages et les sécurités des employés ; les autres ne veulent pas perdre un seul avantage acquis par des années de luttes ouvrières, imposant l’idée que c’est à l’entreprise de s’adapter aux hommes et non le contraire, au risque de bloquer l’emploi et de rester à un niveau de chômage élevé.
Le monde du travail se transforme avec le développement des nouvelles technologies. La durée de vie des produits et des services se raccourcit, les grandes séries n’existent presque plus. On assiste à la création d’entreprises éphémères, viables avec le produit et le service associé. D’un autre côté, certains grands groupes se constituent et affirment leur suprématie en absorbant tous les concurrents qui dépassent une certaine masse critique. Même à l’intérieur de ces grandes structures, le maître mot est le mouvement, l’adaptation à l’évolution du marché. On constate une course effrénée, où celui qui avance moins vite que l’autre est condamné. Ce que vit aujourd’hui l’entreprise rejaillit sur l’humain qui y travaille. Il n’est plus question de s’adapter, mais d’être initiateur du mouvement, du changement, précurseur des tendances du marché et de la manière de le posséder. Il y a donc de plus en plus de personnes restant sur le bord du chemin, à l’arrêt, aigris et se demandant ce qui leur arrive : « Vingt ans que je travaille pour cette société et voilà comment on me remercie ! »
Le déroulement de la vie professionnelle semble s’orienter vers la succession d’emplois différents, entrecoupés de périodes de formation. Bientôt, choisir un travail conforme à ses aspirations ne sera plus possible, la seule option restante sera de répondre au besoin du moment. Pour cela, nous devrons continuellement nous former, nous adapter à la demande. Ce qui est vrai pour le type de travail, le sera aussi pour l’endroit où nous travaillerons. Déjà, beaucoup de personnes ne sont plus employées sur le site de l’entreprise, mais à domicile, d’autres sont obligées de quitter leur maison, leurs relations sociales, pour un autre lieu. Au regard de tout cela, beaucoup d’éléments sont réunis pour une confrontation entre les deux visions de la réforme du Code du travail. L’automne sera décisif, les opposants ont déjà prévenu que des mouvements sociaux seront organisés pour défendre les acquis. De l’autre côté, le gouvernement et les défenseurs des entreprises veulent aller vite, convaincus qu’en libérant les entreprises de certaines contraintes le chômage diminuera rapidement. Ils savent qu’ils seront jugés à la fin de leur mandat sur les chiffres du chômage.
Les tensions se crispent sur la perte d’une fonction, d’un acquis social. La réaction coutumière est tout d’abord le refus de ce qui évolue. Puis vient la révolte, la confrontation. Si rien ne fonctionne, intervient alors le marchandage, donnant donnant : la formation contre le respect de l’acquis. Cela donne un peu de répit, mais ne change rien au fond. La formation telle qu’elle est proposée aujourd’hui apprend seulement à faire différemment ou à exercer un autre métier. Les pertes et changements à venir seront tout aussi pénibles à accepter qu’aujourd’hui. En revanche, en apprenant à bien vivre les changements professionnels quels qu’ils soient, nous changerions notre vision.

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 25 pages 6 à 7

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Quand le masculin et le féminin s’affranchissent de la nature

Quand le masculin et le féminin s’affranchissent de la nature

Hervé Marchal

Hervé Marchal est sociologue. Après avoir suivi des études supérieures de gestion dans une école de commerce et passé plusieurs mois en Amérique du Sud, Hervé Marchal s’oriente vers des études de sociologie à l’université Nancy 2. Aujourd’hui maître de conférences à l’université de Bourgogne, il centre ses recherches plus particulièrement sur la vie urbaine.

De prime abord, il apparaît évident qu’un homme et une femme se distinguent biologiquement, la nature les ayant pourvus l’un et l’autre d’organes sexuels différents. Mais si cette distinction existe bel et bien naturellement, il n’en demeure pas moins que le sens qu’on lui donne n’émane pas des organes sexuels eux-mêmes, mais de la société. Le sens que l’on attribue à la différence des sexes est en effet construit socialement, culturellement, politiquement, institutionnellement… Autrement dit, le fait biologique qu’il existe des mâles et des femelles parmi l’espèce humaine ne suffit pas à nous dire ce qu’est un garçon ou une fille. Il revient à chaque société, chaque culture et à chaque groupe social de définir un ou plusieurs modèles identitaires féminins et masculins.

D’une différence de nature à une différence de culture

Jusqu’au début du XXe siècle, il était admis que les différences entre les hommes et les femmes tenaient à des différences de nature. D’une manière générale, il a fallu attendre les travaux de l’anthropologue américaine Margaret Mead pour commencer à comprendre que ce que l’on croyait être d’origine naturelle était en réalité d’origine culturelle. Dans son livre Moeurs et sexualité en Océanie, publié pour la première fois en 1928, M. Mead écrit : « Chaque société a, d’une façon ou d’une autre, codifié les rôles respectifs des hommes et des femmes, mais cela n’a pas été nécessairement en termes de contrastes, de domination ou de soumission […]. Dans la répartition du travail, la façon de s’habiller, le maintien, les activités religieuses et sociales, hommes et femmes sont socialement différenciés […]. Dans certaines sociétés, ces rôles s’expriment principalement dans le vêtement ou le genre d’occupation sans que l’on prétende à l’existence de différences tempéramentales innées. »

Déconstruire ce qui a été construit socialement

Ces propos ont eu un écho important après la Seconde Guerre mondiale et sont dans une large mesure à l’origine des profondes évolutions relatives à la place des femmes, que notre société a connues depuis une cinquantaine d’années. En effet, dès lors que l’on prend conscience à quel point les inégalités de sexe ne peuvent être justifiées par une prétendue infériorité naturelle des femmes, il devient possible de déconstruire ce qui a été construit socialement… Le virage qui s’opère alors est en fait une véritable révolution, car il ne s’agit rien de moins que de remettre en cause des millénaires de domination masculine.
En outre, afin de revenir sur les identités sexuelles héritées du passé, il a fallu prouver que ce qui nous apparaît à l’évidence comme des inégalités génétiques trouve en réalité son origine dans des comportements et des pratiques socialement déterminés. Nous pensons plus particulièrement ici au différentiel de force physique entre les hommes et les femmes. Des travaux ont montré que les explications données par les biologistes et les généticiens ne suffisent pas en la matière.

L’alimentation à l’origine du différentiel de force physique ?

On sait aujourd’hui que si les femmes sont plus petites que les hommes, cela tient à des différences d’alimentation. En effet, l’alimentation a été fondée pendant longtemps – et l’est encore selon les univers socioculturels – sur un système de croyances qui considère que l’homme a plus besoin de protéines que la femme.

Des bouillies pour les femmes, de la viande pour les hommes

Comme l’a souligné Françoise Héritier (« Le vade-mecum du mâle dominant », Grand entretien, journal Le Monde du 3 février 2007, p. 18-25), au cours de l’histoire, les femmes ont été nourries de céréales, de bouillies et de nourritures blanches qui allaient de pair, pensait-on, avec leur nature faible et fragile. La viande, la graisse et les sels minéraux étaient, quant à eux, réservés aux hommes. Ces déficits alimentaires affectant directement les femmes se sont accumulés pendant des millénaires, si bien qu’ils ont produit « des adaptations physiques, des déformations corporelles et des différences de taille qui finissent par être considérées comme naturelles alors qu’elles sont culturellement acquises. »

La déconstruction des identités sexuelles
Il existe aujourd’hui de multiples manières de vivre sa vie de femme. Les femmes deviennent des individus à part entière dans la mesure où il leur incombe de donner un sens à leur vie de façon personnelle et délibérée. En d’autres termes, l’identité féminine fondée sur une prétendue nature féminine est en train de voler en éclats.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 25 pages 32 à 35

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Confidence d’artiste, L’écritothérapie Bernard Werber

 Confidence d’artiste
L’écritothérapie
Bernard Werber

Bernard Werber est vraiment un écrivain étonnant. Il écrit des livres géniaux qui sont le fruit de son intuition. Chose surprenante, il ne croit pas à ce qu’il transcrit. Ainsi, il parle avec brio des anges, des morts, de l’au-delà sans se sentir impliqué. Il souhaite garder son libre-arbitre. Auteur à succès de 23 romans traduits dans plus d’une trentaine de langues, Bernard Werber fait de l’écriture un mode de vie, et même une psychothérapie. Heureux par l’écriture quotidienne. Ainsi depuis peu, il propose des ateliers d’« écritothérapie ». « Plutôt que de faire une psychanalyse, si quelqu’un ne va pas bien, s’il raconte sa vie par écrit, même si ce n’est pas publié, ça lui fera du bien. » Fort de son expérience, il dévoile ses secrets d’écriture, l’art de la construction romanesque et explique comment passer du libre cours à la créativité. www.bernardwerber.com

A quoi attribuez-vous votre imagination débordante ?
Quand je suis arrivé sur cette planète, j’avais déjà un premier souci : le système scolaire ne me convenait pas. Tout ce que l’on propose à un enfant comme mécanisme d’insertion m’égratignait. Je n’étais pas bon, comme élève et comme camarade. À partir de là, pour m’enfuir avec mon esprit, j’ai développé un imaginaire à travers le dessin et la musique.
À 5-6 ans, mon professeur de dessin disait que, comme j’allais être peintre ou dessinateur, ce n’était pas la peine de m’apprendre d’autres matières. J’avais trouvé une échappatoire par le dessin. Vers l’âge de 8 ans, j’ai fait une rédaction qui s’appelait « Souvenir d’une puce ». Le professeur m’avait mis une mauvaise note, car il y avait cinq fautes d’orthographe, mais il a reconnu qu’il s’était régalé en la lisant. Dès lors, j’ai pris cela pour un signe : quand je raconte des histoires, on m’apprécie. C’est comme si la société me disait : « Là, enfin, tu nous intéresses. » Je me suis aperçu ensuite que, quand je n’allais pas bien, il suffisait que j’invente une histoire comme un rêve éveillé pour aller mieux. À partir de là, j’ai renforcé mes points forts plutôt que combler mes points faibles. Vers l’âge de 9 ans, on a détecté chez moi une maladie, la spondylarthrite ankylosante. Déjà j’avais des lunettes, je n’étais pas bon en sport, et avec cette maladie, je commençais à arriver en cours avec une canne. Et à 9 ans, un type qui arrive comme un petit vieux, cela ne participait pas vraiment à mon insertion. Du coup j’écrivais et je lisais de plus en plus pour fuir dans des mondes imaginaires.

Quand cela ne va pas, j’écris une histoire
À 13 ans, alors que j’étais passionné de sciences, j’ai échoué au passage en section scientifique (parce que j’avais oublié de tourner la page de l’énoncé). Je suis rentré en section économique et, comme je m’ennuyais beaucoup, j’ai créé un journal dans lequel je racontais des histoires. Les fourmis a été l’un des premiers scénarios que j’ai écrits pour ce journal. Je devais avoir 14 ans. J’ai passé un cap, c’est-à-dire qu’avant on me tolérait comme raconteur d’histoires, mais là je commençais à intéresser en tant que créateur de journal. Depuis, quand cela ne va pas, j’écris une histoire. L’autre apport de l’écriture, c’est que j’ai l’estime de l’entourage. Plus tard, je suis allé à la fac de droit et j’ai raté mon examen. À partir de là, je n’avais pas le choix. Il fallait continuer dans ce système de compensation de mes échecs de la vie courante, par une fuite par l’art et notamment par l’écriture imaginaire. Parallèlement, pour m’améliorer je lisais de plus en plus. Certains auteurs sont entrés en résonance avec moi et m’ont enseigné l’art de bâtir des univers complexes qui peuvent tenir sur plusieurs centaines de pages. Notamment Isaac Asimov avec fondation, Frank Herbert avec Dune, J.R.R Tolkien avec Le Seigneur des anneaux, et évidemment Jules Verne avec la série sur l’Île Mystérieuse. Je comprenais que plus le récit est long, plus il faut une structure cachée solide, une armature, un squelette, pour que cela tienne jusqu’au bout. Si on n’est pas assez rigoureux dans son plan et sa structure, les fondations s’enfoncent et le récit s’effondre. J’utilisais aussi le jeu d’échec comme moyen de déplacer et faire combattre mes personnages. Ensuite, il fallait mettre le maximum d’énergie pour réussir la fin. Pour moi, l’histoire, c’est un jeu dans lequel il y a une solution inattendue à laquelle on ne pense pas tout de suite.

Je fais ma psychanalyse en écrivant

Quand vous écrivez, cela vous fait-il du bien encore maintenant ?
En fait, je suis étonné que tout le monde ne fasse pas cela. Quand les gens me racontent leurs problèmes, se sentent coincés, j’ai envie de leur dire : « Libérez-vous en racontant une histoire dans laquelle vous transférez votre problème dans l’intrigue, pour faire chercher une solution par votre personnage ». Je fais ma psychanalyse en écrivant. Dans les master class que je donne actuellement, je demande aux participants d’oublier leur prof de français, de ne pas faire une jolie rédaction, mais une jolie histoire dont ils sont le héros et d’utiliser leur personnage pour résoudre leur problème personnel principal.

D’où vient votre attirance pour les expériences extraordinaires, inhabituelles ?
Ce que je ne comprends pas, c’est le manque de curiosité de certains de mes contemporains. S’il y a un truc nouveau, je veux voir. À l’âge de 13 ans, il m’est arrivé une chose assez extraordinaire alors que j’étais en colonie de vacances. Je rencontre un autre enfant de 13 ans, Jacques Padovani, qui était tout le temps souriant, détendu, de bonne humeur. Je lui ai demandé d’où venait son calme. Il m’a répondu qu’il pratiquait du rāja yoga. Je lui ai demandé de m’apprendre. Il m’enseigna à me lever tôt le matin pour voir le lever du soleil. Il m’a aussi montré comment respirer en conscience, fixer mon regard, manger en sentant les aliments entrer dans mon corps. En fait, il m’a appris à vivre. Par la suite, j’ai essayé de trouver dans des clubs de yoga, y compris de rāja yoga ce qu’il m’a appris, mais il n’y avait que la partie « gymnastique » et pas la partie « prise de conscience » et je n’ai plus jamais retrouvé un enseignement aussi fort. Mais je suis content du fait que depuis peu les magazines féminins, les revues commencent à parler de la méditation, du yoga, autrement qu’en le laissant sous l’image ancienne de la religion ou de la gymnastique pour retraités. Jacques allait très loin, il me disait qu’il arrivait avec son esprit à sortir de son corps pour pratiquer quelque chose comme le voyage astral. J’ai utilisé ce thème pour certains de mes romans plus tournés vers la spiritualité, comme le prochain : Depuis l’au-delà.

Chaque journée où je suis vivant est un cadeau

Est-ce que vous avez une pratique spirituelle ?
Il y a 7 ans, on a découvert que j’avais un bouchon dans le cœur et que je n’en avais que pour quelques mois à vivre. Depuis, je fais 50 minutes de vélo d’appartement tous les jours. Tous les matins en me levant, je me dis : « Chouette une journée de plus ! » J’ai vraiment conscience que chaque journée où je suis vivant est un cadeau. Progressivement, je deviens aussi végétarien, simplement parce que je n’aime pas manger de la souffrance animale. Enfin au niveau du mental, l’écriture est mon mode de vie, mon mode de soins. J’écris tous les matins de 8 h à 12h30. Et quand je regarde derrière moi, il me semble qu’il y a un chemin d’accompli : 23 romans, 2 pièces de théâtre, 1 long-métrage cinéma. Cela me donne l’impression de ne pas être né pour rien.

Quand vous êtes contrarié, avez-vous une méthode pour transformer cette contrariété ?
Je ne me mets jamais en colère. Pour moi, ce serait m’abaisser au niveau de ceux qui m’agressent. Mon unique solution, c’est la fuite, la fuite par l’écriture, sinon la fuite géographique. Quand quelqu’un me contredit ou m’énerve, je n’ai pas à lui expliquer qu’il a tort, je me dis qu’il vit avec son système, que je vis avec le mien. Je préfère la place de romancier à celle de philosophe parce que, comme romancier, je raconte des histoires qui n’ont pas besoin d’être vraies. Je ne demande pas aux gens d’avoir la foi, je leur propose juste de se poser de nouvelles questions, de ne pas juger, d’être curieux de tout ce qui est nouveau. Beaucoup de gens m’ont dit que Les Thanatonautes et L’Empire des anges leur avaient ouvert de nouvelles perspectives. J’écris pour ça.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n°25 pages 74 à 79

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Père Pedro, Insurgez-vous !

Père Pedro, Insurgez-vous !

Le père Pedro Opeka, prêtre et père lazariste de 68 ans d’origine slovène, exerce son ministère à Madagascar depuis 47 ans. Il a créé en 1989 l’association Akamasoa (« les bons amis », en malgache) afin de venir en aide aux plus pauvres des pauvres, qui tentaient de survivre dans la décharge d’Andralanitra, située à une dizaine de kilomètres d’Antananarivo, la capitale de Madagascar. En un quart de siècle, son association a construit 18 villages et a pu venir en aide à plus de 500 000 Malgaches en leur donnant des soins (chaque village compte une école, un dispensaire, une structure sportive…), des vêtements ou un repas. Elle héberge chaque jour 25 000 personnes. L’association Akamasoa a été nommée à plusieurs reprises pour obtenir le prix Nobel de la paix.

Comment vous est venue votre vocation de prêtre ?
Je viens d’une famille chrétienne, croyante, pratiquante, et dans notre famille, la foi n’était pas un accessoire. Mes parents, surtout ma mère, croyaient à ce qu’ils disaient, vivaient ce qu’ils nous enseignaient. C’étaient nos exemples. Mon père, simple maçon, faisait son travail avec amour et dévouement. Le travail n’était pas une charge, mais une façon de se réaliser. Très tôt, il m’a emmené sur les chantiers. Et là, la première chose qu’il me disait : « Ne touche à rien, ne vole rien parce que le vol est devenu monnaie courante dans beaucoup d’endroits. Quand il y a du vol, la confiance diminue. » Ma mère, quant à elle, disait qu’il ne fallait jamais fermer la porte à quelqu’un qui y frappait. Il faut partager parce qu’il y a toujours des gens plus pauvres que nous, et elle le faisait. Tout cela m’est resté. Puis j’ai commencé à lire les Evangiles à l’âge de quinze ans, et Jésus m’a tellement frappé que j’ai voulu l’imiter et le suivre. Ce n’est pas une institution qui m’a séduit, mais un homme qui s’appelle Jésus de Nazareth. Je donne ma vie pour faire le bien qu’il a fait dans son mouvement d’amour envers ses frères les hommes, et tout particulièrement les pauvres. Voilà comment est née ma vocation.

Ce sont donc vos parents qui vous ont donné cet intérêt pour les pauvres ?
Pas exactement. J’ai été touché par l’exemple qu’ils me donnaient. Mais j’ai côtoyé les pauvres et j’ai vu les bidonvilles à Buenos Aires. J’ai vu les indiens Mapuches abandonnés, oubliés dans la Cordillère des Andes. Comment peut-on oublier des êtres humains comme ça ? Alors ma vocation s’est raffermie de faire quelque chose pour les plus pauvres et les exclus de la société, car nous sommes tous membres de la même famille humaine.

Vous ne vous découragez jamais.
Si, mais je peux vite reprendre courage. J’ai déjà connu tant de déceptions que j’aurais pu déjà abandonner depuis longtemps. Mais je ne suis pas là pour chercher la reconnaissance ni les honneurs ni les privilèges. Je suis là pour servir. Des décennies sont nécessaires pour changer la mentalité et l’état d’esprit. Depuis cinq décennies que je m’engage dans cette action, on a très peu avancé. C’est un long combat.

Quelle image du Christ vous motive le plus ?
Son humilité, sa discrétion. Il vivait simplement au milieu de ses frères. En tant qu’humain, nous devrions nous unir, nous comprendre, et si nous respections déjà les cultures et les traditions différentes des nôtres, ça serait déjà bien. Les hommes jugent vite et vous casent dans un tiroir. On ne peut pas caser l’esprit humain. On ne peut pas caser l’esprit de Dieu, l’esprit de l’Évangile. Il est certain qu’il faut une certaine sagesse de savoir vivre pour pouvoir vivre ensemble. Nous, avec les plus pauvres, avons créé nos lois, nos conventions, notre manière de vivre pour pouvoir vivre ensemble. Si on veut vivre ensemble, il faut se respecter. Il faut participer et être responsable. On ne peut pas vivre, ni progresser sans certaines conventions.

(…)

Dans le livre Insurgez-vous1 vous dites : « Le pardon précède l’insurrection ». Que voulez-vous dire ?
Cela signifie que si je m’insurge avec haine, je ne suis pas meilleur que celui que je combats. Je vais faire du mal également. Quand vous vous insurgez, cela doit être sincère, vrai et fait avec le cœur. Toutes nos démarches devraient être faites dans un esprit de vérité, et non pas en vue d’un profit pour soi-même. Un jour où j’ai demandé une aide, on m’a demandé ce que cela rapportait en retour. Ceux qui nous aident gagnent la fraternité, la force et la joie de se sentir humain. L’insurrection, c’est l’amour pour la justice, pour la vérité, pour le frère qui souffre. Celui qui vit avec ses richesses matérielles vit dans un vide qui ne produit pas la joie de vivre ni la fraternité. Quand vous êtes respecté en tant qu’être humain, vous vous sentez bien. Vous êtes rempli d’un esprit qu’on ne peut pas expliquer, qu’on peut juste sentir. Dans la vie, il peut y avoir des rencontres fraternelles, humaines qui peuvent combler le vide dans lequel vous vivez et qui vous relancent dans un autre monde.

La joie en est le signe, celle qui fait reculer les ténèbres. Quelle est la vraie nature de la joie ?
Je ne sais pas l’expliquer, mais je la vis. La joie, c’est un état d’esprit qui n’est pas lié à toutes ces choses qui vous entourent, en particulier l’argent qui devrait seulement être un moyen de vous alléger la vie. La joie est produite par une relation sincère, par un vécu authentique où chacun essaie de donner de son mieux à l’autre et là, il y a une étincelle. En chaque être humain, il y a des étincelles divines de Dieu et c’est cela qui nous unit. Quand mon étincelle à moi s’illumine, la vôtre s’illumine. Si elles produisent un feu important, on peut se respecter même en ayant des avis différents parce qu’on sent que la source est la même. La joie disparaît quand vous n’acceptez plus ces différences. Notre humanité change vite du bien au mal. Le bien est toujours à re-choisir, mais pas seulement au travers d’un voeu que l’on aurait formulé. Ce n’est pas parce que je fais serment d’être un bon juge ou un bon médecin que je vais être un bon juge ou un bon médecin.

(…)

Je voudrais ajouter un mot à l’attention de tous les présidents de tous les pays du monde : si on devient président, c’est pour servir, en commençant par les plus faibles. Quand il faut traverser un torrent, qui allez-vous aider ? cette femme handicapée ou cet homme costaud ? Si vous avez un esprit juste, vous allez aider la femme handicapée. Alors, le président est là pour servir et seulement servir, d’abord la population la plus fragile, la plus délaissée, la plus oubliée et laissée pour compte.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 25 pages 59 à 62

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Père André-Marie : « Oui à tout ! »

Père André-Marie : « Oui à tout ! »

 

Le père André-Marie, moine bénédictin, prêtre, potier, poète, écrivain, conférencier, n’a de cesse de multiplier ses activités pour lutter contre la misère. Témoin des plus grandes misères et injustices du monde, en Inde, Haïti, Madagascar… et même en France, il fonde en 1975 à la Croixrault (Somme), La Demeure. Il accueille des sans-voix, sans-terre, sans-papiers, sans-toit, sans-emploi, sans-avenir, sans-dignité. Ses œuvres (peintures, poteries, sculptures, crèches, art sacré, écrits, conférences) lui permettent de récolter des sommes permettant de sauver des milliers d’enfants, notamment en aidant le père Pedro. Il anime régulièrement des émissions à Radio Notre- Dame. À l’Unesco, la Ligue universelle du bien public lui a remis en mars 2014, la médaille d’or « Honneur et dévouement aux meilleurs serviteurs de l’humanité ».

Père André Marie, vous êtes moine depuis 60 ans, qu’est-ce qui a déclenché votre vocation religieuse ?
De ma vie, je n’ai jamais accepté de mettre ma foi et mes racines religieuses en cause. Je suis né dans une famille chrétienne et je crois bien avoir « tété » l’Évangile dès ma naissance. Ma réponse a toujours été : « Oui ». Oui à Dieu, oui aux événements de la vie. La célébration pour mes 80 ans, entouré de centaines d’amis, est la réponse des « oui » sans condition accordés aux événements de la vie.

Et vous n’avez jamais eu de doutes ?
Je n’ai jamais accepté d’avoir des doutes. La réalité impose la réponse avant que la question ne soit posée. La Sainte Vierge n’a pas posé de question, elle a dit oui tout de suite. Ma vie s’est déroulée comme les livres que j’écris, une lettre à la fois. Il y a eu des divorces épouvantables, mais, des années plus tard, c’était devenu des occasions de chance impensables. Il y a quarante ans, si je n’avais pas été mis à la porte d’une communauté, je n’aurais jamais eu la chance de devenir ce que la vie me proposerait pour cet anniversaire : accueillir une foule de gens venus du monde entier pour me remercier de la tranche de vie vécue ensemble. Ce jour-là, j’ai découvert combien il avait été important de dire oui. Quand je disais oui, je ne savais pas que je disais oui à tout cela. Maintenant, je dis oui à ce qui me reste à vivre.

D’où vient votre vocation artistique ?
Tout le monde dans ma famille est habile manuellement et a le sens du beau, du bien. Ils vivaient pauvrement. Personne ne se disait artiste, mais ils l’étaient. J’ai toujours eu beaucoup de difficultés intellectuelles dues à une dyslexie. Dans mon enfance, faire du beau était une espèce de compensation. On me disait « bon à rien », je voulais montrer que j’étais un bon à quelque chose. Faire du beau était aussi une façon de laisser le divin parler en moi. Mais l’événement déclencheur a eu lieu quand on a fondé un nouveau monastère, une congrégation pour des frères handicapés et malades. Il fallait la faire vivre. Après la guerre d’Algérie, j’ai été hospitalisé plusieurs années, je façonnais des bijoux dans mon lit avec des pinces et du cuivre. Je travaillais parfois jusqu’à onze heures du soir. Je tenais absolument à la fondation de ce monastère, car cela passe aussi par des moyens matériels. C’est pour cette raison, que plus tard, je me suis mis à faire des travaux d’art. Ils ont pris de plus en plus d’importance : poteries, sculptures, bas-reliefs en métal, peintures.
Peindre, c’est faire du beau, c’est ma façon de louer Dieu, de remercier la vie, de croire à la lumière, au soleil. Je n’aurais jamais pu imaginer être un jour coté à Drouot, au dictionnaire des grands artistes. J’ai souvent défini ma vie par : « faire du beau pour faire du bien ».
La beauté ne se suffit pas à son propre bonheur, elle a besoin de contagion. Porteuse de tous les possibles, la beauté est comme l’Amour dont elle est d’ailleurs la petite sœur jumelle. À eux deux, ils rendent possible à un désert de devenir océan.

Aviez-vous alors en tête d’aider les pauvres ?
Non, c’est venu plus tard. Dans un monastère bénédictin, on fait vœu de pauvreté, mais on ne manque de rien. J’ai découvert, à Madagascar, que la pauvreté n’est pas la misère, qui est une horreur épouvantable. Un jour, j’ai découvert dans un foyer de la Croix Rouge, la petite Naïna, 4 ans, 1,6 kg, Jean- François, 7 ans, 6 kg. Voilà la pauvreté…

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 25 pages 63 à 66

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Vaccination et obligation

Vaccination et obligation

Christian Roesch

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, aussitôt arrivée à son poste, a émis la volonté de rendre 11 vaccinations obligatoires pour les enfants. Quelle manne pour l’industrie pharmaceutique ! Nous pourrions nous intéresser au conflit d’intérêt entre la responsabilité de la santé des Français et sa rémunération par des laboratoires pendant des années. Dans ces conditions, peut-on imaginer que la médecine puisse être libre, indépendante des lobbies pharmaceutiques ? Nous pourrions nous intéresser à la vaccination qui est une approche médicale qui se discute. Nous pourrions en examiner les avantages et les inconvénients. Mais ce qui est frappant, c’est la volonté de la rendre OBLIGATOIRE. En d’autres termes, il faut se soumettre. Sinon des sanctions s’en chargeront. À la faveur de ce mot, élevons-nous au-dessus de ces débats. Et partons de loin. De très loin.

L’humanité, estimée à environ 6 millions d’années, a commencé à vivre en tribus, comme c’est le cas dans le règne animal. C’est la forme humaine des hordes, des troupeaux ou colonies. Ce fonctionnement collectif correspond au plan de conscience des animaux. Appelons-le « nous ». Les animaux supérieurs, les mammifères, ont évolué vers le plan supérieur en acquérant l’affectivité. Appelons ce deuxième plan de conscience « moi ».
Mais c’est l’humanité qui réalise ce plan par l’acquisition de la personnalité.
Les humains sortent du « nous », fonctionnement collectif, fondé sur la ressemblance, et évoluent vers le « moi » fondé sur la différence.
Mais le chemin de l’évolution ne s’arrête pas là. L’humanité continue de progresser vers un troisième plan supérieur, encore au-dessus des deux premiers. Appelons-le « JE », caractérisé par l’individualité. Quelle différence y a-t-il avec la personnalité du « moi » ?
• Le « moi » est centripète. Mû par le principe d’avoir, la réponse à sa souffrance de séparation (du troupeau) est réactionnelle.
• Le « JE » est centrifuge. Mû par le principe de l’altruisme, la réponse à sa souffrance de service et d’aide est dans le partage, la solidarité, l’amour d’autrui. Le « JE » dessine l’humanité supérieure à venir.

Si vous admettez cette vision de l’évolution, vous pouvez constater que nous avons chacun des activités dans ces trois plans de conscience :
– des fonctionnements collectifs, régis par des lois ;
– des fonctionnements personnels, régis par les besoins de possession ;
– des fonctionnements altruistes, régis par nos envies d’être bien avec les autres.

Deux constats sur cette évolution de la conscience :
– elle est très lente selon l’évolution de l’univers ;
– elle fonctionne comme les poupées russes qui s’emboîtent. La plus petite poupée, c’est chacun de nous.

La santé relève de ces trois plans :
– le même remède pour tout le monde. C’est la médecine vétérinaire adaptée à l’humain. Les vaccinations en font partie ;
– le remède adapté à ma personne selon des symptômes qui me sont propres. Exemple : ma grippe me donne beaucoup de fièvre, mais pas d’écoulement nasal ; le médecin me fait une ordonnance personnelle ;
– le remède adapté à mon individualité. La maladie indique des manques pour que ma vie ait une utilité au-delà de mon corps.

Cette distinction étant faite, il apparaît clairement que la médecine de masse est la plus primaire. Elle est nécessaire en cas d’épidémie. Les vaccinations collectives sont censées les éviter.
À l’époque communiste, l’Union soviétique était le pays où il y avait le plus de vaccinations obligatoires.
Les pays nordiques de l’Europe, où la démocratie est la plus avancée, sont ceux où il y a le moins de vaccinations obligatoires, voire pas du tout.
Il est beaucoup plus difficile pour un gouvernement, qu’il soit de droite, de gauche ou au centre, de promouvoir l’individualité plutôt que la mise au pas reléguant les citoyens au rang de moutons.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 25 pages 12 à 13

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