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La surchauffe programmée de la planète est-elle inéluctable ?

La surchauffe programmée
de la planète est-elle inéluctable ?

Alain Pamart

Le président français s’est improvisé chantre de la mobilisation internationale en faveur de la transition énergétique. De manière plus globale il cherche à rompre avec les facteurs de réchauffement de la planète résultant des activités humaines.

L’après COP21 s’est présenté comme une opportunité pour le nouvel exécutif qui s’en est saisi résolument, entendant en assumer le relais. Ainsi s’est trouvée relancée une nouvelle mobilisation internationale lors du sommet sur le climat à Boulogne-Billancourt le 11 décembre 2017 sous l’égide du chef de la nouvelle majorité.
Certains commentateurs  énoncent qu’une avancée plus nette s’est profilée, lors de ce sommet du mois de décembre, par une meilleure prise de conscience collective et plus universaliste sur les risques climatiques. Ce point est assurément à mettre à son bénéfice, même si ce constat s’appuie plus sur une volonté affichée d’acteurs privés qu’à une ambition formelle manifestée par la majorité des dirigeants politiques.
Plusieurs annonces ont été lancées à cette occasion pour dégager des moyens financiers de grande envergure, notamment à partir de fonds souverains de divers pays et de fonds d’investissements et de pension. Ce sommet enfin, s’il n’a pas encore abouti à des décisions tangibles, a instillé une image moins virtuelle de tous les acteurs présents, publics et privés au regard d’une responsabilité commune et incontournable concernant la terre entière. La volonté présidentielle française n’est certes pas dénuée d’un calcul politique de leadership. Elle peut néanmoins conjuguer une démarche arbitrale ou médiatrice entre le maximum de partenaires internationaux et européens. Serait-ce que le pays des droits de l’homme reprenne un nouveau flambeau dans la scène internationale pour relever un nouveau défi, celui du devenir de la planète ?
La finance mondiale privée et les finances publiques sont la clef de voûte incontournable pour élargir et réorienter durablement les ressources d’investissement vers les énergies renouvelables. L’autre volet de la problématique, la plus déterminante à mon avis, reste une prise de conscience plus effective et plus engagée des citoyens. Sans ce double courant, il est fort à craindre une trop faible et trop lente progression des énergies renouvelables. La COP24 prévue en Pologne en 2018 devrait normalement conduire à des engagements plus concrets de tous les États, au moins pour ceux qui seront présents.
L’issue de la COP21 s’est appuyée essentiellement sur une logique d’incitations, expédient diplomatique pour éviter que les clivages du moment ne bloquent la démarche.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 27 pages 12 à 13

La mort : une noce, une fête, Cheikha Hayat Nur Artiran

La mort : une noce, une fête

Cheikha Hayat Nur Artiran

La cheikha Hayat Nur Artiran est, depuis 2005, guide spirituel de la confrérie soufie Mevlevi. Elle nous a adressé ces réponses qui représentent la vue de son mouvement sur la mort.

Que se passe-t-il au moment de la mort ?
Mevlânâ, (« notre maitre »), a exprimé que l’anéantissement passager appelé « la mort » est en vérité une nouvelle naissance du monde mortel vers le monde qui subsiste en permanence. Étant donné que la mort n’existe pas, pourquoi avons-nous peur de la mort ? Pourquoi le fait de creuser une fosse et d’y être projeté nous effraie-t-il à ce point ? Mais il y a une autre réalité particulièrement manifeste qui réside dans le fait qu’alors même que nous avons vu la mort de centaines de personnes, que nous avons déposé de nos propres mains nos plus proches dans le tombeau, nous considérons néanmoins comme une probabilité très lointaine qu’un jour notre tour arrivera. Il y a deux raisons à cela :
• Cela provient du fait que l’on mène une existence animale en étant insouciant et ignorant.
• Notre esprit est immortel. Étant donné qu’il ne peut être question de mort pour l’esprit, qui est la seule et unique entité qui maintient l’homme en vie, le sentiment d’être perpétuel qui émane de lui domine toute notre individualité. D’un autre côté, notre âme est mortelle et l’homme sait qu’il mourra nécessairement un jour. Mais, dans la mesure où l’âme mène une existence en contradiction avec ce pour quoi elle a été créée, elle appréhende constamment la confrontation avec cette réalité divine. Et la vie de l’homme s’épuise et prend fin dans tous ces va-et-vient.
La mort n’est rien d’autre que le regard que l’on porte, l’espace d’un instant, sur nous-mêmes dans le miroir. Et ce dont nous sommes violemment effrayés est notre propre visage si laid qui se reflète dans le miroir. Puisque la mort n’existe pas, qu’il est seulement question de passer d’une chambre à une autre, de quoi devrions-nous avoir peur en pareille circonstance si nous avions entre nos mains un bouquet de fleurs à la senteur agréable ? Mais, si en passant d’une chambre à l’autre, nous avons dans nos mains un panier rempli de serpents et de scorpions, il faudra bien évidemment s’en effrayer. Et tout particulièrement, le fait que notre corps dont nous avons pris soin de tant de manières soit projeté dans une fosse nous effraie plus que toute autre chose. Nous ne voulons même pas imaginer que les divers insectes qui peuplent la terre se promènent sur nos yeux et sur nos lèvres. La peur des insectes du tombeau est à nouveau la peur de nous-mêmes. Dans la création, chaque homme creuse et prépare sa tombe avant de mourir ; il choisit et organise lui-même ses amis qui l’accompagneront devant et derrière son cercueil, ainsi que tous ses amis qui seront en sa compagnie dans la tombe. Toutes les choses qui adviennent sont en accord avec le souhait et le désir de la personne elle-même.
Comme on peut le voir, le but n’est pas d’avoir une descendance qui tournera les talons aux abords de la tombe, mais de posséder un caractère muhammadien qui rentrera avec nous dans cette fosse ténébreuse, et d’avoir comme compagnons de route nos bonnes pensées, nos oeuvres de bien, de piété et les services rendus à autrui, en permanence à nos côtés. Au-delà de notre conjoint et de nos amis qui nous accompagnent lors de notre départ, il y a de nombreux proches, conjoint et amis invisibles à l’oeil nu qui émanent de nous et qui prendront forme en nous accompagnant devant et derrière le cercueil ; ceux-ci ne nous laissent à aucun moment seuls et ne tournent pas les talons. Divân-ı Kebir, Livre 1, 327 : « Notre mort est un jour de noce et de fête. »

En quelque sorte, la vie prépare à la mort ?
Si un homme a été au service d’autrui pour la satisfaction de Dieu dans sa jeunesse, Dieu veillera à ce qu’il ne soit pas isolé pendant sa vieillesse. Sans nul doute, ceux qui ont été sincèrement au service d’autrui dans la voie de Dieu dans leur jeunesse recevront aussi les meilleurs services dans la vieillesse. Ce monde ressemble à une montagne : les actes accomplis se transforment un jour, sans nul doute, en sons et, quelle qu’en soit la nature, cela nous reviendra immanquablement. Le hadîth « Vous mourrez tel que vous avez vécu, et vous ressusciterez tel que vous êtes mort » exprime cette vérité.
De même que c’est au cours de notre jeunesse que nous modelons nos jours de vieillesse, de même nous tissons de nos propres mains le paradis et l’enfer à la suite de nos diverses pensées, de nos divers ressentis et comportements.
Toutes les choses auxquelles nous serons confrontés avec la mort ne sont, en réalité, rien d’autre que l’incarnation sous différentes formes de nos propres pensées, de nos états, de nos comportements et de nos paroles en ce bas monde. Il y a une très belle sentence : « Quelle que soit la chose que tu aies faite de ta main, cette chose t’accompagnera ».
Aussi longtemps que l’apparence formelle de nos bonnes pensées et de notre bel agir subsiste en permanence à nos côtés quand nous quittons ce monde éphémère, ce qu’on appelle la mort n’est, en vérité, rien d’autre qu’une noce et une fête. Celui qui a pour monture l’amour en ce monde aura, sans nul doute, l’amour pour halte dans l’au-delà.
Rubai’yat : « Dans la mort, il y a une autre vie pour ceux qui sont justes et croyants. Dans la mort il y a, pour les esprits purs, paix et quiétude. La mort n’est ni une souffrance ni une vindicte, mais elle est un moment de retrouvailles avec Dieu. Mais une personne qui ne meurt pas meurt à chaque instant en pensant à la mort ; c’est là, du reste, la douleur suprême. »

Que se passe-t-il après la mort ?

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 27 pages 41 à 43

Idoles des jeunes

Idoles des jeunes

Christian Geniller
Christian Roesch

Samedi 9 décembre 2017, fin de matinée, des centaines de milliers d’individus, sur les Champs-Elysées. Une allure de défilé du 14  juillet. Un convoi limité à sept cents bikers pour des raisons de sécurité par la préfecture de police, brassard noir au bras, escorte le corps de Johnny Halliday pour le dernier hommage en l’église de la Madeleine. Ils auraient pu être des centaines de plus. Des chants qui résonnent tout au long. Celui qui chantait au début de carrière : « …et l’on m’appelle l’idole des jeunes, il y en a même qui m’envient… »  n’est plus.

Un long hommage à l’extérieur de la Madeleine de notre président de la République précède la cérémonie. Dans l’église, la présence des trois derniers présidents français, accompagnés d’une pléthore d’artistes, amis de la famille. Des funérailles dignes d’un chef d’État et même plus.Le peuple vénère ses idoles. Il a besoin d’admirer et de se projeter dans des hommes ou femmes hors du commun. Johnny avait un pouvoir de séduction certain, une gestuelle sur scène fascinante, une voix puissante, captivante. Il a su s’entourer de musiciens, de paroliers, de compositeurs de qualité qui ont fait le succès de ses chansons. Mais était-il un modèle de vie ?
En l’espace de quatre mois, la France a enterré une idole et s’en est trouvé une autre. Début août 2017, la tour Eiffel était illuminée aux couleurs du Paris Saint-Germain avec cette inscription hallucinante : « Bienvenue à Neymar » ; Paris accueillait son nouveau dieu du football. Bien sûr, Neymar est un remarquable joueur de football doué d’une technicité et agilité hors norme, un garçon charmant, mais est-il un modèle de vie ? Un modèle d’affaires certainement : la boutique du PSG aura vendu 86 000 maillots de Neymar à plus de cent euros entre début août et fin septembre. Le vendredi 4 août 2017, les 10 000 maillots disponibles de Neymar se sont vendus en seulement six heures ! Neymar, c’est aussi 222 millions d’euros dépensés par le PSG pour le joueur. Selon le magazine SO FOOT, le joueur gagne 82 191 euros par jour soit 3 424 euros de l’heure ou 57 euros par minute. Une paille. « Toutes les filles du Brésil veulent faire l’amour avec Neymar » titre en grand le magazine dans ses pages intérieures. Comme une ode au sexe et à l’argent. Si nous ajoutons la nécessité de se doper pour la performance sportive ou artistique, le triptyque argent, sexe et drogue règne en maître dans le monde de l’idolâtrie. Comment notre civilisation a-t-elle pu en arriver là ?

Un grand retour en arrière dans l’histoire pour comprendre
L’adoration divine est une relation à Dieu très ancienne. Elle consiste à honorer Dieu par la prière (orare en latin veut dire « prier »). Adorer, dans l’Ancien Testament, est indissociable du terme « marcher avec Dieu ». Dès le début de la Bible, l’humanité a eu la possibilité, la liberté de se détourner de Dieu, c’est à- dire de ne pas se tourner vers le bien. Lorsque le peuple hébreu marche avec Dieu, il est prospère. Alors il oublie Dieu, tombe dans la matérialité et dépérit. Dans son malheur, il se souvient de Dieu, se rétablit et… oublie. L’épisode de Moïse avec les Tables de la Loi et le veau d’or est significatif. Pendant qu’il monte sur le mont Sinaï pour prier et recevoir les Tables de la Loi, le peuple hébreu, livré à lui-même, éprouve le besoin de se fabriquer une idole de remplacement. C’est le veau d’or. Les holocaustes et sacrifices terminés, « le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir » (Ex. 32,6). C’est élégamment parler de beuverie et de fornication. Le triptyque de l’idolâtrie argent-sexe-drogue est déjà là. L’idolâtrie (eidolon = image, en grec) est une projection humaine, l’adoration d’une image à la place du culte rendu à Dieu. La gravité du problème est exprimée par Moïse : les quatre premiers des dix commandements concernent l’adoration et l’idolâtrie. L’apôtre Paul est catégorique sur ce sujet (1 Cor 10) :
• L’adoration de Dieu, c’est choisir de s’élever, de faire le bien.
• L’idolâtrie, c’est convoiter le mal.

Pourquoi les jeunes passent-ils si facilement de l’admiration à l’idolâtrie ?
L’adolescence est un moment capital.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 27 pages 6 à 8

Réussir sa mort, Interview de Bernard Montaud

Réussir sa mort

Interview de Bernard Montaud

Bernard Montaud est auteur de plus d’une quinzaine d’ouvrages qui témoignent de son expérience intérieure. En 1983 il crée l’association Artas, un mouvement spirituel dans la lignée du Dialogue Inspiré transmis par Gitta Mallasz dont il a été le compagnon de route. Son nouveau livre Laisse parler ton corps, éd. Eyrolles, relate les découvertes et les résultats, depuis la fondation il y a 35 ans, d’une technique d’investigation du corps devenue la Psychanalyse Corporelle. www.bernardmontaud.org

Quelle est la nature de la mort ?
Que se passe-t-il après elle ?
Dans la tradition chrétienne, il n’y a qu’une seule vie qui s’appelle la Vie éternelle. Et qu’il ne faut pas confondre avec le principe des réincarnations du bouddhisme. Depuis la forme initiale de toute vie – la forme minérale – jusqu’à sa forme la plus évoluée – la forme divine – il n’y a qu’une seule vie qui ne cesse d’évoluer : la Vie éternelle. Cette vie ne porte pas notre nom à chaque épisode, pourtant elle est une seule vie s’accomplissant à travers différents plans de conscience. Que se passe-t-il après la mort ? J’imagine, comme les textes chrétiens nous en parlent, qu’il y a un jugement dernier juste après la mort qui nous fait évaluer ce que nous avons fait de notre vie terrestre humaine et nous met en face de ce qu’il était prévu que nous en fassions. Et ce jugement dernier nous donne donc une mesure : « Passe à autre chose et continue, si tu as fait ce qui était attendu de toi ! Ou bien reviens parce qu’il faudra que tu fasses tout ce qui était prévu. »

Et au moment de la mort, que se passe-t-il ?
Je pense que le moment de la mort est le point de rencontre de notre vie temporelle avec notre Vie éternelle. Comme si cette vie temporelle s’achevait en étant interpellée par la Vie éternelle qui lui dit : « As-tu fait ce que tu avais à faire sur terre ? » Si j’ai fait ce que j’avais à faire, je me retrouve alors devant le contrat suivant de mon existence qui est le prochain épisode de l’évolution de ma Vie éternelle. Si je n’ai pas accompli ce que j’avais à faire, la vie qui est en moi devra revenir pour le faire. Donc, je dirais : la mort à la fin de la vie terrestre, c’est l’entrecroisement de la vie temporelle avec la Vie éternelle, comme si la Vie éternelle faisait faire un bilan à cette vie temporelle : « Qu’as-tu accompli durant cette existence terrestre ? Qu’as-tu fait de ta vie ? » Terrible jugement dernier !

Qu’est-ce qu’une mort réussie ?
Je crois qu’une mort réussie, c’est une mort avec les mains ouvertes, une mort avec des yeux gentils tournés vers la miséricorde, une mort qui se fait dans un face-à-face avec Dieu. Je crois que c’est le renoncement à la vie terrestre – parce que cette vie terrestre est allée au bout de ce qu’elle avait à accomplir – qui nous fait mettre un pied dans la Vie éternelle, grâce à cet immense face-àface avec Dieu. Oui, une mort réussie, je crois que c’est l’examen final de toute existence, et un face-à-face sacré avec le Créateur !

Quelles sont les conditions de cette réussite ?
Nous nous entraînons tous, dans la vie spirituelle comme dans la vie religieuse, à être quelqu’un qui ouvre les mains, quelqu’un de miséricordieux, quelqu’un qui essaie d’avoir une Tâche, d’avoir un service, d’avoir un apostolat. Tout cela nous conditionne. Nous nous entraînons au silence immobile, à la méditation, à la contemplation. Eh bien, je crois que la vie nous dit : « Au dernier moment, le feras-tu encore ? Au dernier moment, seras-tu du côté de ton corps, de ta vie que tu ne veux pas laisser partir, ou bien seras-tu là aussi en train d’ouvrir les mains, de tourner les yeux vers le haut, d’être dans l’amour face à LUI ? »

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 27 pages 39 à 40

Interview de Marie-France Des Pallières,Une vie tournée vers les autres,

Interview de Marie-France Des Pallières
Une vie tournée vers les autres

À l’âge de la retraite, au Cambodge, c’est vers les enfants chiffonniers que les deux créent en 1995 l’association PSE (Pour un sourire d’enfant). Six mille trois cents enfants apprennent un métier, partagent des repas, sont accueillis dans le centre, pour les sortir de leur condition et de leur milieu de vie, la décharge de Phnom Penh. Après le décès de Christian, Marie-France continue l’œuvre, avec le seul souci de préserver l’idée de départ : que l’aide aille aux plus pauvres. Si vous n’avez pas encore vu le film reportage qui leur a été réservé, ne manquez pas Les pépites. « Christian disait en blaguant que ce film parlait trop de nous, et que c’était très bien qu’il s’en aille. »

On ne peut pas parler de Marie-France sans parler de Christian. Ces deux-là forment un couple, même si le 24 septembre 2016 Christian quittait l’aventure terrestre commune à  l’âge de 82 ans. Tout commence par un voyage que le couple fait avec leurs quatre enfants, pour prendre la mesure que le monde ne s’arrête pas à leur vie quotidienne. Ils le raconteront dans un très beau livre , Quatre enfants et un rêve, Éditions Nouvelle Cité. La vie professionnelle les amènera à voyager encore et encore, à découvrir les autres comme richesse.

Vous avez fait de nombreux voyages, vous êtes partis en camping-car – le Nain-Bus – à la conquête du monde et votre couple, votre famille se sont construits autour de la découverte de l’autre ; pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?
Nous vivons sur la planète Terre qui tourne dans l’univers et notre but était de connaître le monde. Ça nous paraissait important de savoir comment les gens vivaient ailleurs, ne pas rester dans son monde mais s’ouvrir à plein d’autres choses. Nous étions comme un enfant qui n’a qu’une envie, c’est de sortir de son parc.

Lorsque vous vous trouvez avec Christian, votre mari, sur la décharge de Phnom Penh, découvrant ces enfants au milieu des ordures, vous n’avez pas hésité. Qu’est-ce qui vous pousse à ce moment-là ?
Notre vie professionnelle nous a amenés à beaucoup voyager. À cette époque nous travaillions dans une association, la SIPAR (Soutien à l’initiative privée pour l’aide à la reconstruction) et nous nous occupions du redressement de l’enseignement primaire, dans le cadre d’un contrat de deux ans au Cambodge. Nous voyions régulièrement des enfants chiffonniers dans les rues mais, pris par notre mission, nous n’avions pas de temps disponible. C’est à la fin de son contrat que Christian a commencé à contacter ces enfants. Puis, mon mari étant en préretraite, nous étions plus disponibles, et lorsque nous avons découvert la décharge et les enfants qui mangeaient là-dedans – c’était l’enfer sur terre – on s’est dit : «La première chose à faire, c’est de les nourrir » ; c’était tellement insupportable ! Donc on a commencé par ça. Nous sommes repartis en France assez rapidement avec des photos pour expliquer ce que l’on avait vu et on a rapporté sur place de quoi démarrer notre action, puis on a préparé un programme. On ne voulait pas se tromper de but. Christian est allé discuter avec les enfants car nous voulions savoir de quoi ils avaient besoin. Ils nous ont dit : « Un repas par jour et puis aller à l’école comme les autres enfants ». Donc voilà, c’était tracé. Alors on a commencé à leur apporter des repas, puis à nouveau un retour en France. On leur a amené plus de repas, on a construit une petite paillote à côté de cette décharge, on a commencé à les soigner, puis à les nourrir tous les matins. Après ça, on a acheté un terrain et construit des classes. Au début nous n’avions pas de quoi subvenir à leurs besoins et on a demandé de l’argent à nos amis. Enfin on a démarré l’école, etc., et il n’était pas question de s’arrêter. Il n’est toujours pas question de s’arrêter d’ailleurs ! C’est ainsi que nous avons créé l’association PSE – Pour un sourire d’enfant – en 1996. Dans nos programmes nous avons 6 300 enfants aujourd’hui. Il y en a 4 000 qui ont un métier, qui sont sortis du projet définitivement. On a commencé par de l’enseignement primaire parce que c’est un domaine que nous connaissions, nous n’avions pas l’intention d’aller plus loin. Jusqu’au jour où nous nous sommes aperçus que même avec le brevet, ils ne trouvaient pas de travail et des enfants retournaient sur la décharge.

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Il est essentiel de vérifier que l’esprit dans lequel on a créé ce centre, cette association, ne dévie pas, et que les priorités restent les mêmes. L’important, c’est que l’on puisse continuer à servir les plus pauvres et les sortir de leur misère. Depuis très longtemps on a été un peu hors norme : on a voyagé, on a acheté un camping-car, on a créé une chorale familiale, on a chanté, on est montés sur les planches, partis faire ce voyage… En fait nous avons essayé de réaliser nos rêves, nous avons osé réaliser nos rêves. Nous ne voulions pas nous entendre dire à la fin de notre vie : « On aurait aimé faire ça et puis on ne l’a pas fait ! » et regretter. Nous avons pris des risques, il y en a toujours. Mais l’important c’est d’oser, oser réaliser ses rêves, et aller à contre-courant éventuellement, parce que c’est ce que l’on a toujours fait.

Pour lire l’article en entier, Reflets n°27 pages 23 à 28

Écriture inclusive : pour plus d’égalité ?

Écriture inclusive : pour plus d’égalité ?

Augustin Luneau

L’écriture inclusive, projet de réforme de la langue française reposant sur des attentions graphiques et syntaxiques, a récemment déclenché des débats passionnés : l’Académie Française crie à la mise en péril mortel de la langue quand d’autres voient une nouvelle arme, un nouveau moyen de lutter contre les inégalités hommes-femmes. Rien que ça !

Quelles sont les idées qui s’opposent ? D’un côté, les féministes qui défendent l’égalité entre les femmes et les hommes, partant du principe que le langage formant les mentalités, le principe « du masculin qui l’emporte sur le féminin » serait à l’origine des inégalités entre les femmes et les hommes. Selon elles, cette règle induirait des représentations mentales nous conduisant à accepter la domination d’un sexe sur l’autre.
De l’autre, les académiciens, investis de la noble tâche de codifier les évolutions et innovations de la langue et d’en défendre la lisibilité et l’esthétisme. Selon eux, l’écriture inclusive dénaturerait, complexifierait et enlaidirait la langue française, en perturbant la lecture, l’apprentissage, et l’économie (dans le sens de la sobriété) de l’écriture.
Mais qu’implique-t-on quand on nous apprend que le masculin l’emporte sur le féminin ? Est-ce vraiment le sens de lutte, de victoire, de suprématie qu’il faut accorder à l’expression ?
Ou bien le terme « l’emporter sur » ne serait-il pas tout simplement mal interprété ? La grande époque du féminisme revendicatif des années 1960-1980 dénonçait l’inégalité des lois, mais aussi les inégalités culturelles, et a efficacement contribué à remettre en question le rôle de la femme dans la société ; nous en sommes aujourd’hui redevables. Mais il semblerait que la notion d’égalité atteigne ses limites quand elle pour plus d’égalité s’aventure à quantifier, à compter, à comparer.

(…)

Et notre si belle langue dans tout ça, mérite-t-elle ce débat ? Les féministes ne seraient-elles pas en train de la rabaisser à une bataille avec laquelle elle n’a rien à voir ? Lancer le débat contradictoire de la réforme de la langue sollicite des énergies d’opposition, de désaccord, là où l’on pourrait se demander ce qui différencie un homme d’une femme et comment donner autant de valeur à la part féminine qu’à la part masculine, plutôt que de les vouloir égales ! Ne serions-nous pas en train de confondre égalité et même importance ?
La quête utopique et physiologiquement impossible de l’égalité homme-femme dissimule le besoin de gommer les différences. Chercher à rendre l’homme comme une femme et une femme comme un homme manifeste la difficulté à vivre sa singularité. N’est-ce pas dans cette direction que se trouve la vraie solution, la complémentarité ?

Pour lire l’article en entier Reflets n° 27 pages 10 et 11