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Pocheco, Produire sans détruire

Pocheco, Produire sans détruire
La recherche du mieux-être
dans l’industrie

Maxime Mocquant

Encore adolescent, fasciné par Baudelaire, Emmanuel Druon – qui se prenait pour un poète – a rendu un devoir de français. Sans doute pour lui donner une leçon, le professeur lut son texte devant toute la classe, provoquant les rires de ses petits camarades, et concluant la lecture par cette sentence : « Mais que va-t-on faire de toi ? » Cette humiliation ressentie – toujours présente – devait devenir, au fil du temps, un enseignement riche pour ce vilain petit canard qui refuse de rentrer dans le moule.

En 1997, lorsqu’il prend son mandat de PDG de l’entreprise Pocheco, à la demande de son père alors patron, Emmanuel Druon vient de vivre une autre expérience toute aussi traumatisante : trois mois de chômage. Le temps de se poser les questions essentielles sur la sécurité de l’emploi, il se retrouve à la tête d’une PMI (Petite et moyenne industrie) dont l’activité – la fabrication d’enveloppes – est déjà fortement concurrencée par les courriels. Le constat de l’état de l’entreprise est alarmant, voire sans avenir selon certains. Le site est énergivore, bruyant, polluant, les équipes sous stress. La seule façon de produire imaginée est alors de réduire les coûts en détruisant l’emploi et les ressources : les forêts pour la fabrication de la pâte à papier, les énergies fossiles et fissibles pour la transformation du papier en enveloppes. Sans oublier la pollution du milieu naturel par le rejet des encres avec des solvants agressifs.
Mais Emmanuel Druon désire changer de paradigme. Il veut prouver qu’il est toujours plus économique de travailler de manière écologique. Son objectif : mettre en œuvre l’« Écolonomique », contraction des mots « écologique » et « économique », qui trouve son origine dans un texte de Corinne Lepage. Car l’entrepreneur dispose d’une sensibilité peu commune dans le milieu des affaires : « Je peux rester émerveillé devant un beau paysage, contemplatif parfois jusqu’aux larmes. » Cette sensibilité qui l’habite, il ne voit pas pourquoi il devrait y renoncer en devenant le patron de l’entreprise. Se dédoubler serait bien trop énergivore et il préfère utiliser cette énergie à réduire l’impact écologique de son activité. Pour lui, chaque solution à un problème, chaque décision sur un investissement, sur une construction, doit répondre à trois critères de base :
• Réduction de la pénibilité,
• Réduction de l’impact sur l’environnement,
• Augmentation de la productivité.
Grâce à ces règles, Pocheco est aujourd’hui une entreprise où il fait bon vivre et dont le bilan carbone est négatif (-36000 tonnes équivalent CO²). Et sa production annuelle d’enveloppes a bondi de 850 millions à 2 milliards 200 millions.


Exemple significatif des méthodes et des solutions mises en œuvre : la toiture vieillissante qui nécessitait des travaux de rénovation et d’étanchéité. La solution de facilité eut été de remplacer les sheds existants par une structure en béton. Mais toute l’équipe de Pocheco s’est mise à plancher pour résoudre l’ensemble des problèmes constatés : non seulement l’étanchéité, mais aussi le manque de luminosité et la déperdition de chaleur. Petit à petit, des solutions ont émergé, toujours dans le respect des trois critères de base. Sur les deux côtés des petites pentes des sheds, la création d’ouvertures a laissé pénétrer la lumière, tandis que l’installation de panneaux photovoltaïques permettait de produire de l’électricité, diminuant du même coup la dépendance à l’énergie entrante. Sur les parties plates, l’apport d’une couche de terre a permis la végétalisation et la récupération des eaux de pluie. Ainsi, ces eaux sont utilisées pour les sanitaires, mais aussi au nettoyage des outils et autres rouleaux encreurs. Du coup, les équipes ont appliqué le raisonnement à l’utilisation d’encres à pigments naturels qui réduit la pénibilité : plus besoin de gants ni de masques pour manipuler ces produits. Mélangée avec du savon de Marseille, l’eau de pluie nettoie les outils, récupérant au passage les pigments naturels. Enfin, les déchets, étendus sur le système racinaire d’une bambouseraie, sont transformés en biomasse. Au bout de 4 ans, les tiges de bambous sont coupées, réduites en petits morceaux et brûlées dans la chaudière à bois. Ce qui fait dire à l’équipe qu’ils « se chauffent à l’eau de pluie ».
Mais ce n’est pas tout : l’électricité produite par les panneaux photovoltaïques sert à recharger des véhicules électriques, vélos ou voitures, qui apportent une solution à la question de la mobilité des personnels. La mise à disposition des véhicules électriques – vélos pour les plus proches et voitures pour les longs trajets – et les horaires de travail adaptés pour faciliter le covoiturage ont permis des économies substantielles sur le budget transport.

Souci de Pocheco : fondre les bâtiments dans un écrin de verdure

L’outil de fabrication – les machines de production d’enveloppes – est soumis aux mêmes raisonnements.

(…)

Tous les secteurs de l’entreprise, des bureaux aux zones de stockages, des ateliers aux alentours extérieurs, sont impliqués. On trouve pêle-mêle une mare aux grenouilles, un verger d’arbres fruitiers anciens, bientôt un jardin mandala. Mais aussi le déplacement des pompes à vide au centre de l’usine, évitant le bruit vers l’extérieur ; des habitations jouxtant l’usine qui fournissent de la chaleur pour chauffer les locaux ; la création d’ouvertures qui laissent entrer la lumière tout en rapprochant le personnel de la nature. J’oubliais : l’un des soucis de Pocheco est de fondre les bâtiments dans un écrin de verdure, pour offrir une sensation d’harmonie aux promeneurs qui se rendent sur un site protégé tout proche.

Je suis un état d’âme

Fort de sa sensibilité, Emmanuel Druon a conçu des rapports avec ses « collègues » qui sont colorés de ce qu’il est. Il dit : « Revendiquer sa sensibilité est un moyen de contrer les propos tenus par certains de mes interlocuteurs professionnels : « Je n’ai aucun état d’âme ». Moi, je suis un état d’âme. » Et il ajoute : « Pour moi, la sensibilité donne accès à un niveau de réflexion approfondie qui évite de passer à côté des individus que l’on fréquente sans les voir. »
Harmonie, tel est le maître mot qui préside à toutes les décisions. C’est aussi la sensation éprouvée quand je rencontre le personnel au cours de la visite des lieux : je la lis dans leurs yeux, dans leurs bonjours, dans leur empressement à me venir en aide lorsque je me trouve seul pendant un moment. Ce que je vois, c’est de la joie.

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 24 pages 32 à 34

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De la besogneuse à la femme de plaisir

De la besogneuse à la femme de plaisir

Valérie Robert

Masseur-kinésithérapeute DE, diplômée des Universités Louis Pasteur de Strasbourg en médecine physique. Psychanalyste corporelle et secrétaire générale de l’Institut français de psychanalyse corporelle(IFPC).

La psychanalyse corporelle m’a permis de découvrir que le choix de nos loisirs est conditionné par notre aptitude à vivre ou plutôt à accéder à notre propre plaisir.
La source de nos comportements face au plaisir se détermine durant la construction de notre être psychique avec, tout d’abord, la naissance – le traumatisme primordial – qui instaure notre personnalité et trois événements précis, les traumatismes secondaires qui vont la structurer : un dans la petite enfance, un dans l’enfance, un dans l’adolescence.
Nous avons certes une carte d’identité extérieure avec un nom, un prénom, une adresse… mais nous avons surtout une carte d’identité intérieure nous programmant dans une manière d’être unique ou plutôt dans une manière unique de souffrir.
C’est le mystère de l’existence humaine. Avec ce besoin permanent de souffrir pour nous reconnaître et nous sentir exister, nous provoquons ou interprétons sans cesse des situations présentes fidèlement à notre passé selon un des trois axes correspondant à l’un des trois traumatismes secondaires, vérifiant ainsi : « Ah, c’est bien moi ! », par une superposition passé/présent automatique inconsciente, et sauvant ainsi notre raison. Tel un trésor caché dans un coffre-fort, notre histoire personnelle, qui conditionne tous nos comportements présents, est enfouie dans notre subconscient.
Nous sommes devant l’unique choix, celui de bien vivre ou mal vivre avec notre programmation intérieure. Sans travail intérieur, nous choisissons, sans le savoir, plutôt de mal vivre.
La psychanalyse corporelle m’a été d’une aide précieuse pour rencontrer de façon très concrète cette petite fille toujours présente au fond de moi. La connaissance de mon passé m’a permis de mettre un nom sur chacune de mes trois blessures, et surtout de comprendre, à travers ce scénario traumatique que je répétais sans cesse, la femme que j’étais devenue : une femme toute coincée ne laissant aucune place à ses envies, mais a contrario saturant ses journées d’obligations, étouffant sa féminité, sa sensualité, ses désirs sexuels et ne se donnant aucune valeur.
Autant dire qu’à cette époque, le mot « loisir » ne faisait pas partie de mon vocabulaire.
Je me sentais toute de plomb, fermée, coincée, muette, mais néanmoins avec dedans l’envie furieuse de vivre. Je m’éteignais, mon corps devenait de plus en plus raide, et surtout je mettais ma vie en danger : à force d’étouffer, d’éteindre la vie en moi, la maladie finit un jour par pointer le bout de son nez.
La psychanalyse corporelle m’a permis de reconquérir mon corps. Je retenais tellement la vie. Lui, il connaissait la route, avec toutes mes résistances traumatiques, je le bloquais, j’ai appris à le laisser faire, à lui faire confiance, à faire confiance en la vie.
Dans ce travail de recherche sur le passé, j’ai retrouvé une petite fille profondément amoureuse de la vie, connaissant le caractère précieux, sacré de la vie sur terre, s’enchantant d’un tout petit rien, une petite fille remplie de féminité, de sensualité goûtant dans ses chairs à des plaisirs brûlants, une jeune adolescente vivant le temps d’un court instant, un amour pur terrestre.

Apprendre à faire l’amour avec les petits évènements
de la vie ordinaire

La connexion à cette dimension profonde de mon être m’a alors donné l’envie de transformer ma vie.
L’idée de rester besogneuse, de vivre en catimini jusqu’à la fin de mes jours m’était devenue insupportable.
Apprendre à aimer la besogneuse fut le premier pas de mon chemin de transformation intérieure, sourire sur celle qui ne se laissait aucun espace de vie au quotidien, qui arrivait éreintée à la fin de ses journées. Sans cette étape, rien de plus n’aurait été possible. Le deuxième pas, le dépassement de ma propre histoire a été ensuite une vraie rééducation au plaisir, au monde des envies dans ma vie ordinaire ; ce secteur, qualifié par la psychanalyse corporelle de « sexualité dans l’ordinaire », m’a permis et me permet encore aujourd’hui d’apprendre à faire l’amour avec les petits événements de la vie ordinaire.
Aujourd’hui, c’est toujours la même chose, chaque jour, je dois choisir entre me lever avec l’obsession d’exécuter la liste des obligations que je me suis formatée dans la tête dès le réveil, ou décider un autre destin pour mon être, un destin où je m’accorderais un millimètre d’importance supplémentaire par rapport à d’habitude, où je prendrais le temps de réveiller mon corps, où je dégusterais un petit-déjeuner de mon choix, je prendrais un temps délicieux pour m’occuper de moi à la salle de bain… Ce n’est pas grand-chose en soi, mais ce n’est pas du tout la même journée qui démarre. Alors, mon esprit, avec ce millimètre d’importance que je me suis accordée dès le réveil, n’est plus le même ; les choses deviennent plus claires et, dans cette liste des obligations sans fin, je discerne des impératifs que je m’étais fixés pour la journée, mais qui en fait n’en sont pas. De fausses obligations, de toute façon, je le sais, il en restera quand même. Je suis beaucoup trop subtile dans ce fonctionnement de fuite de mes envies. Mais quelle importance ? Ce qui compte, c’est passer de la femme besogneuse à la femme tentant des expériences de dépassement dans son plaisir.
Ma journée commence ; je dois aller travailler. Comment ne pas perdre le cap du sourire sur la besogneuse dans ces journées où les obligations s’enchaînent les unes après les autres ?
Je découvre alors la main amoureuse de la kinésithérapeute qui accueille le patient qu’elle touche, qu’elle masse parce que, dans ce même instant, elle a tout simplement su s’accueillir en imperfection pour elle-même.
De même, prendre le temps de boire un verre d’eau ou de m’asseoir 5 minutes quand je suis débordée caresse mon âme ; par cette attention délicate accordée à mon être, je deviens importante à mes propres yeux.
Reconnaître ce pur instant de bonheur lorsque je prends le temps de déguster un café, notamment ce goût corsé qui me réveille à ma propre puissance amoureuse de vie, à la puissance de cette petite fille et par conséquent à celle de la femme, me procure une joie indicible.
Ces petits instants de bonheur conscients et sans éclat qui agrémentent mes journées ont peu à peu transformé mon être, ont réveillé la femme de plaisir.

Aujourd’hui, je sais que le plaisir est à portée de main,
partout, tout le temps

Dans une progression millimétrique, je me suis aussi réconciliée peu à peu avec mon corps, j’ai appris et j’apprends encore à l’aimer ; dans une transparence secrète de moi à moi, je reconnais, j’accepte les parties de mon corps que j’aime, celles que j’aime moins tellement elles me renvoient au cœur brûlant de ma propre histoire. J’apprends à le connaître, à reconnaître ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas, j’apprends aussi à reconnaître mes fantasmes sans les juger.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 24 pages 50 à 52

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Destin Remarquable Christiane Singer, une âme pure

Destin Remarquable
Christiane Singer, une âme pure

Maryline Hubaud

Née en 1943 à Marseille, la ville colorée qui a bercé son enfance, elle garde de cette période le sens et la chaleur du contact humain. « Je dois l’expérience de l’altérité à mon enfance marseillaise où coexistaient toutes les races et toutes les nations dans une profusion de forêt tropicale : Africains, Maghrébins, Syriens, Libanais, Arméniens, Vietnamiens, Italiens, Espagnols, Polonais, etc. La rencontre avait lieu au hasard de l’école, des rues, des amitiés, jamais préméditée ni programmée, toujours dans l’apparent et savant désordre de la nature, à la fois sans déterminisme et sans arbitraire, à la manière qu’ont les plantes de se mêler, de se lier et de s’écarter. […] »

C’est l’histoire d’une petite fille qui regardait la mer dans les yeux des vieillards… Fille d’un père juif et d’une mère chrétienne, elle retrouve la mystique du christianisme après avoir gouté au mystère de la kabbale, la sagesse du bouddhisme et l’enseignement de Durkheim. Tout au long, elle cherche cet émerveillement de l’enfance, cette présence incroyable qui donne la profondeur de l’instant. Toute cette quête, elle la mène entre écriture, rencontres, conférences et stages. C’est en 1967 qu’elle quitte la France pour se marier avec Georg Heinrich Comte Thurn-Valsassina. Loin de son pays natal, l’amour de la langue française dans laquelle est écrite toute son œuvre, publiée chez Albin Michel, est le fil d’Ariane de sa véritable identité à travers son périple européen (Suisse, Allemagne, Autriche).
Dans la forêt de Rastenberg, elle organise des séminaires à la « Lichtung » (« La Clairière »), une maison édifiée par son mari architecte et conçue par elle. Il y règne une atmosphère propice à la connaissance de soi et à l’épanouissement de la personnalité, où la communion avec la nature devient source de sagesse et d’émerveillement.
C’est là aussi que s’organisent des stages où se mêlent marche, méditation, taï-chi, zen, travail sur le corps. Toute sa vie, elle cherchera les moyens de transmettre l’intensité de la vie : « Ce qui manque le plus à nos vies, c’est l’intensité surgie de l’intérieur. La rencontre de personnes vivantes en donne le goût ».

Une femme de lettres

Elle sait manier les mots et faire vibrer les sentiments, illustrer les images et exprimer la profondeur des idées. Le texte est pur dans la recherche du mot juste, sans fioritures ni minauderies. Le texte est construit et prend le lecteur par sa beauté et sa justesse. Elle est une femme de lettres, c’est une évidence.
Elle écrit pour transmettre ce en quoi elle croît, elle parle pour une nécessaire prise en compte du spirituel qui couve dans le cœur de chacun. « J’essaie d’éveiller chez le lecteur quelque chose que nous avons en commun de plus grand que nous ».

La recherche du sacré

« Ce n’est pas un contenu que j’ai à transmettre, chaque âme est dans une telle richesse. Il faut que cette richesse soit réveillée… Nous ne sommes pas mis en relation avec cette profondeur par le type d’éducation qu’est la nôtre…»

Elle consacre sa vie à tout cela avec une passion pour l’humain et la vie qui le traverse. Dans son œuvre, elle place la dimension intérieure et spirituelle propre à chacun et l’éthique de soi au cœur de son œuvre. Treize romans et essais témoignent de sa recherche du sacré.

En septembre 2006, lorsque son médecin lui annonce qu’il lui reste six mois à vivre, à la suite d’un cancer, elle écrit un journal au cours de ses derniers mois, qui sera publié sous le titre Derniers fragments d’un long voyage. Christiane Singer est décédée en avril 2007, à l’âge de soixante-quatre ans.

« La libération, c’est cette qualité d’attention et d’amour portée à nous-mêmes, autres, aux choses qui l’amènent. Obstinée, aveugle à tout le reste j’ai traversé la passion. Je comprends aujourd’hui qu’elle s’apparente à la sainteté ; école du dénuement, renoncement à tout le reste. »

Cette passion de la vie qu’elle cherche à éveiller, à faire partager à son vaste auditoire, est résumée sur sa tombe par cette épitaphe : « J’ai tant aimé ce monde où rayonne Ta gloire »

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 24 pages 63 à 67

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Donald TRUMP, le jour d’après

Donald TRUMP, le jour d’après

Cynthia Schumacher

Donald Trump a franchi samedi 29 avril le cap des cent jours à la Maison-Blanche. Sur la forme, le candidat devenu président utilise toujours la provocation et l’impulsivité pour communiquer. Il continue d’enflammer la toile par ses tweets. « Je suis flexible et je suis fier de cette flexibilité. »
En 2013, Donald Trump avait dénoncé dans des tweets l’intervention de Barack Obama : « Le président doit avoir l’accord du Congrès avant d’attaquer la Syrie – grosse erreur s’il ne l’a pas », avait-il écrit. Deux jours après le bombardement chimique du 4 avril 2017 sur la localité de Khan Cheikhoun attribué au régime de Bachar Al-Assad, le président Trump a ordonné, dans la nuit du 6 au 7 avril, sans accord préalable du Congrès, le bombardement d’une base aérienne de l’armée syrienne située près de Homs.

Sur le fond, le président Trump a déjà changé plusieurs fois d’avis sur de nombreux dossiers concernant les affaires étrangères, ce qui est plutôt inhabituel sur la scène internationale. La relation américaine avec la Russie qui affichait un fort rapprochement entre Vladimir Poutine et Donald Trump s’est fortement dégradée. La Chine, pire ennemie économique du candidat Trump, est devenue une alliée et l’OTAN passe quant à lui d’obsolète à nécessaire selon les jours.

Ces changements d’orientation suscitent des inquiétudes partout dans le monde. « Je suis flexible et je suis fier de cette flexibilité », répond-il, comme il l’a fait quelques jours à peine avant sa décision d’envoyer des missiles contre une base militaire syrienne.

Aujourd’hui, on ne peut que constater que la société américaine est très divisée, voire totalement polarisée. « Il y a ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent. Un chiffre toutefois est particulièrement étonnant : 96 % de ceux qui ont voté pour lui affirment qu’ils referaient le même vote si l’élection avait lieu demain. » (http://www.huffingtonpost.fr/jean-eric-branaa/ mais-ou-est-passe-donald-trump_a_22059807/). Les divisions sont si fortes qu’elles plombent la popularité du président : il stagne à 44 % de bonnes opinions, ce qui est exactement son niveau de départ le 20 janvier, jour de son investiture. Mais, pour être complet, le président n’a aucune marge de progression : sa cote d’impopularité a brutalement bondi de 44 % à 54 %.
Le 45e président des États-Unis d’Amérique qui avait promis dix lois majeures en 100 jours dans son plébiscite pour l’« America First », affronte pour l’heure l’épreuve du monde politique. Aucune de ces dix lois majeures n’a été adoptée et seulement une seule est passée devant le Congrès, la réforme de l’Obamacare, avant d’être invalidée. C’était également une de ses promesses de campagne : le nouveau président a pris la décision de fermer de manière sélective les frontières des États-Unis. Un premier décret, le 27 janvier 2017, refuse tous les réfugiés et ressortissants de sept pays. Accusé musulmans de discrimination envers cette religion, ce texte décrié comme un « Muslim Ban » a été bloqué par la justice fédérale.

Et sans majorité,pas de lois…

La promesse d’édifier un mur de 1 500 km à la frontière du Mexique dès le début de son mandat a pour l’instant échoué, le projet de loi ayant fait face à un double refus, celui des démocrates et celui des républicains au Congrès. Donald Trump s’est heurté à la dure réalité d’un système politique et démocratique qui repose sur la Constitution des États-Unis d’Amérique. Cette constitution prévoit un partage strict des pouvoirs entre trois branches principales : une branche législative qui fait la loi, une branche exécutive (le président) qui l’applique, et un pouvoir judiciaire qui s’assure que tout se fait dans les règles.

Ce sont bien les contre-pouvoirs de la Constitution qui bloquent aujourd’hui Donald Trump. En guerre frontale contre les démocrates, il n’arrive pas non plus à convaincre son camp chez qui il garde de nombreux opposants suite aux primaires du parti. Et sans majorité, pas de lois…
Si les contre-pouvoirs institutionnels jouent efficacement leurs rôles (c’est un juge fédéral d’Hawaï, Derrick Watson, qui a suspendu, quelques heures avant son entrée en vigueur prévue le 16 mars, une nouvelle version amendée du « Muslim Ban »), on peut souligner que la situation actuelle met en exergue leurs rôles. Le Congrès va-t-il fléchir et permettre au président de mettre en place sa politique (une de ses branches, la Chambre des représentants, a abrogé l’Obamacare en mai 2017) ? Ou bien va-t-on vers une procédure « d’impeachement », suite éventuelle au limogeage du directeur du FBI qui venait d’accélérer l’enquête sur les soupçons de liens entre la Russie et l’équipe Trump ?

Une partie du monde civil s’est engagée en première ligne pour promouvoir un discours différent de celui de l’administration Trump. Les médias et les personnalités influents du pays l’ont bien compris et forment une coalition pacifique qui lutte activement contre les idées du nouveau président. On peut citer en particulier le New York Times et son directeur, Dean Baquet, qui en plus de défendre la véracité des reportages de la presse, n’hésite pas à qualifier de « mensonges » les contre-vérités avancées par Donald Trump. Un désamour avec la presse qui a culminé en avril 2017 lors du repas annuel des correspondants de presse de la Maison-Blanche auquel, pour la première fois depuis qu’il existe, le président en exercice ne s’est pas rendu.

Autre fait rare, huit lauréats du Nobel d’économie (comme Angus Deaton de l’université de Princeton, prix Nobel 2016 et Oliver Hart de l’université de Harvard) ont publié avec 370 autres économistes une lettre ouverte sur les risques pour l’Amérique de la politique économique prônée par Donald Trump.

À Hollywood, Meryl Streep, Alec Baldwin, Stephen King usent de leur célébrité pour faire entendre leurs opinions divergentes.La population reste mobilisée dans des actions de manifestations pacifistes qui détonent face à la violence des propos et à l’attitude du 45e président des États- Unis d’Amérique.

Deux forces se conjuguent en face de Trump. D’un côté, cette opposition intelligente, non-violente qui dénonce l’égoïsme. D’autre part, une opposition plus frontale de ceux qui subissent ou  risquent de subir les effets des décisions du président (Obamacare).

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 24 pages 24 à 25

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La marche,un rendez-vous avec soi

La marche,un rendez-vous avec soi

Alain Sicot

Alain Sicot fut maçon, puis employé à la C.N.R. (Compagnie nationale du Rhône). Écrire un livre quand l’illettrisme vous accompagne depuis 50 ans paraît inaccessible. Parcourir 1700 kilomètres avec une jambe handicapée, voici un autre défi qui n’était pas gagné d’avance ! Voilà un personnage qui sait s’accueillir et écouter avec tendresse ses infirmités. En 2007, il fonde l’association 4 Saisons-marche. www.4saisons-marche.fr

La marche, pratiquée par beaucoup, ne serait-elle pas un loisir ? Dans une vie remplie d’obligations, le loisir est un temps de liberté qui n’est affecté ni au travail ni au repos, c’est cependant un besoin vital pour nos vies. Chacun a ses raisons toutes personnelles de faire cette activité : certains pour faire du sport, d’autres pour rester en forme, d’autres pour contempler le paysage ou pour une hygiène de vie ou tout simplement pour se détendre. Toutes ces formes de marche n’ont qu’un seul but : essayer d’aller mieux. C’est bien ! Et si la marche devenait une possibilité de rencontre avec soi ?

Chaque personne a une manière d’appréhender la marche selon son histoire. Ce n’est plus l’effort qui fait avancer mais c’est l’envie de se rencontrer. Qu’est-ce qui fait déclencher la rencontre avec soi-même ? Ce sont toujours nos pensées récurrentes ou nos premiers agacements ou douleurs physiques qui nous empêchent d’apprécier ce qui nous entoure. Ce premier agacement parle de nous et donc nous devons aller à sa rencontre en le nommant jusqu’à être touché par un mot, une petite phrase qui appartient au plus profond de notre être ; alors la rencontre avec nous-même vient d’avoir lieu et l’agacement disparaît. De pas en pas, de petites rencontres en petites rencontres nous marchons de plus en plus en intimité avec nous-mêmes. Ce n’est pas d’enlever sa douleur qui nous rend heureux mais d’en comprendre le sens ; cela nous apaise et nous fait accéder au meilleur de nous. Le principal est d’aller retrouver ces instants-là dans notre vie pour se reconnaître dans l’essentiel de notre être profond.

Il y a différentes manières de se rencontrer dans la marche, comme tout est sujet à interpellation nous dialoguons avec la nature : un rocher ayant une forme bizarre, des insectes, des plantations, des fils de fer barbelés ou des poteaux électriques, etc. Vous marchez dans une forêt et tout à coup un arbre attire votre regard. Vous pouvez continuer dans une marche « au-dehors » en restant dans une admiration ou dans une critique envers l’arbre, ou alors choisir la marche « au-dedans » par une pratique intérieure : s’arrêter, aller chercher le sentiment dans lequel cet arbre vous transporte, vous poser la question : « En quoi il me touche, là maintenant ? Où est-ce qu’il fait écho à mon histoire ? » afin de percevoir ce qu’il représente réellement pour votre vie, jusqu’à être touché. Cette contemplation toute simple dans le concret de la marche pourra vous donner des réponses et des actes dans un secteur de votre existence qui demande à être transformé.

Un apprentissage d’amour pour soi au pas à pas

J’ai créé l’association 4 Saisons-marche après un pèlerinage à Compostelle qui a renforcé ma foi, mes pratiques de contemplation, aidé par mes prières et mes remerciements à la vie. Ce n’est pas une association de marcheurs habituelle ; elle propose dans la marche une dimension spirituelle : chercher le meilleur de soi. C’est un apprentissage d’amour pour soi au pas à pas. Car s’aimer un peu plus et poser des actes envers soi, c’est pouvoir mieux aller vers les autres.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 24 pages 53 à 54

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La bonne santé humaine, Docteur Jean-Patrick Chauvin

La bonne santé humaine

Docteur Jean-Patrick Chauvin

De plus en plus de magazines, de sites prônent des « recettes » de bonne santé. Que ce soit pour mener une alimentation saine, encourager le recours aux médecines alternatives (comme s’il y avait de bonnes médecines et une mauvaise médecine), donner des conseils en vue d’une vie saine en harmonie avec la nature ou mieux gérer ses émotions. Certes, il est bel et bon d’offrir à tout un chacun les moyens d’une réflexion sur une gestion plus juste de sa santé, mais peut-être faudrait-il se poser, au préalable, une question et tenter d’y répondre vraiment : qu’est-ce que la bonne santé humaine ? Est-ce seulement un juste équilibre de nos fonctions biologiques ? Ou bien y a-t-il d’autres dimensions ?

Ce constat posé, surgit une autre question : est-ce que la définition de la bonne santé n’est pas sujette à variation au fil de la croissance de l’être humain, depuis sa conception jusqu’à sa mort ? En effet, si l’on ne retient que la biologie extérieure de l’être humain, la bonne santé se définit selon un bon équilibre de nos « glandes », mais si l’on prend en compte la biologie intérieure de l’Homme, celle de son âme pourrait-on dire, il va bien falloir admettre que selon l’âge, ce n’est pas la même biologie, puisque les enjeux d’évolution ne sont pas les mêmes en fonction, précisément, de cet âge.

Peut-être faudra-t-il tenter de répondre à ces questions pour que chacun puisse se pencher avec gravité et en « connaissance de cause » sur la mise en place d’une démarche de santé, saine, responsable et consciente…

L’être humain n’est pas fait que de chair et d’os. Il a aussi une vie intérieure qui l’anime et qui va gérer ses états d’âme, ses faits et gestes, sa façon d’être au monde et de le percevoir, ses états de bonne santé et de maladie. L’être humain, c’est au moins une triple dimension :
une dimension physique, celle du corps et de sa régulation selon les lois de la biologie de ce corps ;
une dimension psychique, celle de notre histoire personnelle, qui fait que nous avons une identité propre, différente de celle des autres, liée à la façon dont nous avons été modelés par un passé, à travers des événements cruciaux appelés « traumatismes ». Quatre traumatismes nous ont ainsi construits pour nous faire tels que nous sommes aujourd’hui dans une façon d’être au monde et de le percevoir, ce qui va aussi déterminer des maladies, ou du moins une expérience intérieure de la maladie et de la santé à nulle autre pareille. Ces traumatismes vont en fait instaurer des programmes comportementaux qui vont gérer notre existence dans une fidélité à notre histoire, selon un principe de répétition.
– La troisième dimension de cet être humain est une dimension évolutive, quand il s’agit d’une évolution de la conscience. À l’âge adulte, elle demande de passer par une connaissance de soi de plus en plus pertinente et opérative. Cela ouvre à une autre question : peut-il y avoir une gestion saine et responsable de sa santé qui fasse l’économie de cette connaissance de soi et d’un certain Ordre des Choses ?

Mais question plus grave encore : est-on en vraie bonne santé humaine si l’on fait l’impasse sur cette croissance en conscience ? Car cette croissance en conscience, que toutes les voies spirituelles proposent, offre à l’homme de fréquenter un meilleur de lui-même, d’être meilleur au-delà de toute recherche de croissance dans l’avoir. La santé n’est-elle pas surtout aujourd’hui un bien de consommation plutôt qu’un souci d’être meilleur avec soi et avec les autres ? Peut-être bien que ces voies pourraient être source d’inspiration pour le monde de la santé, tant celui-ci va mal dans sa quête de performances de plus en plus grandes. Le mal-être croissant des soignants n’est-il pas un signe hurlant du malaise profond du monde de la santé ? De ce fait, peut-être faudra-t-il se mettre devant les paramètres de ces trois niveaux de la bonne santé pour définir ne serait-ce qu’une juste hygiène d’existence qui entretiendrait la bonne santé humaine.

La première bonne santé est celle du corps. Cette bonne santé est régie par des phénomènes biochimiques qui assurent un juste équilibre de nos fonctions biologiques, équilibre que l’on cherche à rétablir, en cas de maladie, par des médicaments ou autres interventions extérieures. Cette bonne santé s’appuie également sur une hygiène du corps, de nos repos, de nos activités, de notre alimentation, de nos relations à autrui et sur une tentative d’un rythme plus juste de nos existences, animés par un souci de mieux-être fondé sur une réflexion intellectuelle ou philosophique.

Le second étage de cette bonne santé humaine pourrait s’appeler la « bonne santé » psychique… C’est une façon de chercher à être plus ou moins en paix avec notre histoire personnelle. Elle demande une certaine bienveillance envers nous-même, envers les états de faiblesse de notre corps ou de notre âme. Elle demande une présence attentive et bienveillante à soi et une relative connaissance de soi (de son corps et de son âme). Au cœur de cette bonne santé, peut-être faudra-t-il considérer comme nécessaire une « hygiène psychique » incontournable, demandant présence et attention à soi, une entrée en connaissance avec sa propre histoire pour apprendre à se rencontrer et à s’accueillir. Ici se joue un art du prendre soin de soi.

Mais au sommet se situe la dimension évolutive de l’être humain, qui va tout redéfinir puisqu’il s’agit de la dimension de la Conscience à établir. L’être humain est une forme de vie évolutive, de la conception jusqu’à la mort. Et chaque âge contient une définition de la bonne santé.

Concrètement, par quoi commencer ?

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 24 pages 36 à 37

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