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 » Le secret tue plus que la vérité. »…par Jean-Luc Kopp

 » Le secret tue plus que la vérité.« …
par Jean-Luc Kopp, psychanalyste et psychanalyste corporel.

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Le 20 janvier 2016 paraissait LA DEPOSITION, écrit par la journaliste Pascale Robert-Diard . Ce récit nous conte la comparution devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine de Maurice Agnelet.
Cet ancien avocat est jugé pour la troisième fois, pour l’assassinat de sa maîtresse Agnès Le Roux, disparue à Nice trente-sept ans plus tôt. Le fils aîné de l’accusé, Guillaume Agnelet, provoque un coup de théâtre lorsqu’il demande à être entendu comme témoin. Il est déterminé à briser le secret de famille. Sa déposition aboutira à la condamnation de Maurice Agnelet à 20 ans de réclusion criminelle.
Le président de la cour d’assises : « Mais Madame votre fils a soutenu son père à Nice et à Aix en Provence!…Qu’est-ce qui selon vous, a pu conduire [Guillaume] à se rendre spontanément devant la justice pour tenir ces propos ? Pour quelles raisons affronte-t-il ce qui va forcément être une déflagration pour lui ?
La réponse de la mère tombe abrupte : « …Si je le savais, je serais psychanalyste. Je ne suis que moi. Je ne comprends pas …. »

Spontanément je n’aurais pas lu La déposition. Je n’aurais pas pu en effet imaginer que le récit d’une audience dans un procès d’assise puisse à ce point bouleverser et passionner.
Le lecteur ainsi que la chroniqueuse judiciaire qui fait récit de cette affaire se trouvent embarqués dans ce meurtre où le cadavre ne fut jamais trouvé. Aucune preuve n’avait pu être établie jusqu’à cette déposition.
Enfin c’est le dévoilement progressif de la vérité dans cette histoire qui finira d’emporter mon enthousiasme comme le souligne cet extrait :
« Pour une fois qu’il est central de se poser la question du droit à révéler ou pas un secret de famille! Pour une fois qu’il nous est donné d’assister au pouvoir dévastateur d’une vérité qui tue ! C’est une occasion rare, en effet, que soient décryptés les ressorts intimes et secrets qui poussent un fils à défendre son père alors qu’il le sait coupable, ailleurs que dans un cabinet de psychanalyste. Le praticien que je suis ne pouvait qu’être intéressé par l’exposition inaccoutumée, particulière à ce procès, des déchirements entre membres d’une famille. »

En premier lieu c’est l’épilogue judiciaire qui intrigue !
La veille du verdict, Guillaume Agnelet, le fils aîné de l’accusé, s’est rendu chez le procureur de Savoie pour y faire une déposition :
« Je suis convaincu que [mon père] est bien le meurtrier d’Agnès Le Roux…Je suis prêt à venir témoigner devant la cour d’assises de Rennes.»
Ce coup de théâtre surprend : ce fils accuse son père à présent, alors qu’il s’était battu à plusieurs reprises aux côtés de son père pour soutenir son innocence. Voilà précisément ce qui a poussé Pascale Robert-Diard la journaliste à rencontrer Guillaume et comprendre le dessous de cette déposition.

Perçons l’écorce des apparences.
Au président de la cour, alors qu’il est question des confidences décisives qu’elle a faites à son fils, Anne Litas répond:
-« Je les conteste formellement et je trouve tout cela irréaliste, rocambolesque [parce que] je n’ai jamais prononcé ces phrases.
-Pourquoi votre fils ressent-il aujourd’hui le besoin de dire tout cela ?
-Je ne comprends pas.(plus loin) Cet enfant est en souffrance …
Quant au père, voilà ce qu’il répond au président à la question « Qu’avez-vous à dire ? »:
« Tout cela est invraisemblable…Je partage l’avis de sa mère. Ce garçon est en souffrance. »

Les deux parents paraissent interchangeables. Le besoin pour leur fils de soulager sa conscience d’un poids trop lourd engendre la même obstination chez chacun d’eux : un secret de famille ne se révèle pas.
Anne Litas, mère de Guillaume est prise en flagrant délit par le président de séance de lire un papier alors qu’elle témoigne. Celui-ci lui rappelle que témoigner doit être un acte spontané. Comment ne pas déceler dans ce détail un aperçu de l’emprise exercée par Maurice Agnelet sur tous les membres de sa famille ? Celui-ci se révèle narcissique, aimant le pouvoir et l’argent. Il attend donc obéissance et soumission de chacun, ce à quoi obtempère sa famille depuis toujours.

Garder un secret pendant plus de 30 ans et soudain le révéler, quelles sont les motivations de Guillaume ?
Ce n’est ni un coup de tête, ni un acte provocateur qui pousse Guillaume à briser le secret de famille. La durée du silence est en somme proportionnelle à l’espoir déçu. Ne confie-t-il pas :
« …J’ai cru qu’avec le temps, ils atterriraient. Que l’on pourrait se retrouver un jour pour parler de notre guerre. Mais pas pour la nier. La vérité pouvait être un ciment entre nous, elle ne l’a pas été .Ce que je sais maintenant, c’est que le secret tue plus que la vérité. »
Guillaume espérait que l’unité familiale se ferait autour du secret. Mais à mesure que le temps passe, la désillusion grandit en lui jusqu’à cette prise de conscience redoutable « le secret tue plus que la vérité ».
Dans ces conditions nous entrevoyons pourquoi Guillaume a été jusqu’à proclamer par le passé qu’il savait son père innocent, proclamer que ce n’était pas un monstre « comme on l’a décrit ici ». Nous entrevoyons aussi pourquoi il restait persuadé devoir se taire.
« On n’a pas le droit de révéler un secret de famille. »
Guillaume a fait front avec son frère, sa mère pour défendre l’innocence de son père tout en le sachant impliqué et coupable. Etrange paradoxe !
Sauf si l’on considère comme l’écrit Pascale Robert-Diard que « Guillaume a enfin trouvé sa place et son rôle auprès de Maurice ». Il est le bon fils enfin. De quoi un fils est-il capable en effet pour obtenir un peu d’importance dans les yeux de son père ?
Guillaume va jusqu’à connaître le dossier de l’instruction dans ses détails, jusqu’à lire les pages du journal intime d’Agnès Le Roux ! Celle-ci intrigue et bouleverse Guillaume « parce qu’elle est ce qu’il n’est pas, ce qu’il aurait aimé être.
Ces deux êtres sont frère et sœur de souffrance : Agnès tout comme Guillaume s’est totalement donnée à Maurice Agnelet, pour aboutir au même constat désenchanté :
« je t’en veux parce que je n’arrive pas à penser que j’ai tort de croire en toi. « 

Pourquoi s’en vouloir d’avoir à ce point cru en Maurice Agnelet ?
Ce seront les propos du psychiatre JC Chanseau mandaté par la cour qui nous éclaireront :
« Pour Maurice Agnelet, l’autre n’existe pas. Il est englouti. Dans son lien à autrui, Maurice Agnelet est indifférent à celui qui est au bout du lien. Ce qu’il aime c’est le lien et il n’y a pas de rupture possible de ce lien. Toute personne qui tente de lui échapper doit être réduite ».
La vérité paraît cadenassée et ce d’autant plus que Maurice Agnelet semble jouir des confidences qu’il a distillées à ses proches. Ainsi ces propos terribles que Maurice murmura un jour à Guillaume :
« De toute façon, tant qu’ils ne retrouvent pas le corps, je suis tranquille […] et moi le corps, je sais où il est. »
Incroyable aveu ! Pourtant jusqu’à la décision de sa déposition, Guillaume restera loyal. Quel combat cela a-t-il dû représenter de couvrir un mensonge alors que l’on connait la vérité !
Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner qu’après la déposition et le face à face final devant les jurés, Maurice se contentera d’affirmer :
« Je n’ai pas tué Agnès Le Roux.»
Pour que Maurice Agnelet garde cette attitude, il y a fort à parier que lui-même demeure blessé dans sa relation à son père. Tout l’espoir de Guillaume d’un lien fort, exclusif, aimant de la part de son père n’est que le reflet des mêmes attentes de Maurice à l’égard de son propre père. Alors que les illusions tombent chez Guillaume (pour aboutir à la déposition) Maurice quant à lui demeure non seulement sourd aux attentes de son fils mais en premier lieu à sa blessure d’enfant. Dès lors Maurice Agnelet se condamne à cette fermeture radicale à lui-même et par voie de conséquence aux autres.

Délivrance ?
L’identité de Guillaume ne pouvait que vaciller. S’il a été violent comme il le reconnaît, vis à vis de son père, c’est avant tout envers lui-même qu’il a dirigé cette violence.
Il a cherché de l’aide, y compris du côté de la religion, en vain ! Garder le silence sur les confidences reçues par son père menaçait de le rendre fou voire de le pousser au choix de disparaître. Certes il paiera le prix fort pour avoir choisi la vérité : se retrouver seul, exclu de la famille. Pourtant le choix fait par Guillaume de déposer et témoigner à la cour d’assises, sa rencontre avec la journaliste du Monde et enfin le livre l’ont probablement sauvé.
Pascale Diard a permis à Guillaume de se sentir entendu et reconnu. La violence subie d’être à ce point nié dans les yeux de son père, même quand il a défendu envers et contre tout ce dernier, se trouve enfin prise en compte. Elle peut prendre sens.
Un dernier extrait confirme le début d’intégration de l’histoire subie par Guillaume :
« Guillaume Agnelet éteint l’écran d’ordinateur …Son fils de 2 ans trépigne. Il le hisse sur ses épaules et se dirige vers le jardin public … »
Guillaume adorait cela, petit. Ce souvenir bon qui remonte témoigne que l’histoire pourra cesser de se répéter. Deux images quasi identiques, mais deux réalités différentes : Guillaume 8 ans s’accrochant au dos de son père sur la moto, est déjà dans une relation faussée. Lui aime ce papa alors que ce dernier en est déjà incapable. Le fils de Guillaume, 2 ans, sur les épaules de son père vit une relation vraie .La chaîne est brisée grâce à son choix de voir et dire la vérité entière.

Quelques éléments de réflexion.
Oui ce récit de Pascale Robert-Diard m’a touché tant son souci de voir au-delà des apparences rejoint celui du psychanalyste. Pour autant, sa description sensible des coulisses de ce drame familial m’incite à y apporter quelques prolongements.
Guillaume a longtemps cru pouvoir trouver une place de fils. Quitte pour y parvenir à nier ses valeurs, son éthique. Seul un immense désespoir lié au fait de ne compter pour rien dans le regard d’un père peut expliquer un choix insensé comme celui de taire si longtemps une horreur, taire un meurtre!
Maurice ne peut considérer l’autre qu’en fonction du degré de dépendance que ce dernier entretient avec lui. Son comportement manipulateur va jusqu’à transformer l’autre en complice : les révélations macabres distillées au fils, à l’épouse soudent ces derniers dans une cohésion familiale atroce !
Comment ne pas deviner derrière son besoin de dominer, de mépriser l’autre la résurgence d’un passé lointain dans lequel un petit garçon confronté à une immense peur a dû se sentir bien impuissant ! Il faut avoir été soi-même enfant, prisonnier d’une histoire qui le dépasse pour devoir, adulte instrumentaliser chaque personne rencontrée !
Contrairement à Guillaume le secret qu’il garde ne sera jamais levé. Plutôt le mensonge que la vérité même si cela s’accompagne du fait d’être emmuré dans son histoire et incarcéré.
Guillaume sauve sa santé mentale en choisissant de révéler le secret familial .Par contre il lui manque une dimension de réconciliation. Il est soulagé mais au prix d’une implosion familiale et d’une solitude amère.
Le travail de réconciliation en psychanalyse corporelle permet non seulement d’appréhender et comprendre les mondes de ses parents et le sien. Le surcroit de sens bouleverse et conduit à un véritable pardon.

(1)Edition L’Iconoclaste.
Pascale Robert-Diard est journaliste au Monde où elle tient la chronique judiciaire depuis 2002. Elle est l’auteur avec Didier Rioux de Le Monde, les grands procès, 1944-2010 Ed. Les Arènes, 2010.

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La Quête du Saint Graal, mythes et symboles, par Jean Sadaka

La Quête du Saint Graal, mythes et symboles
par Jean Sadaka

Notre correspondant au Liban est écrivain, journaliste et chercheur spécialiste en Sciences Religieuses. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages français d’inspiration religieuse et ésotérique dont récemment Le nombre 7, symboles, mythes et caractères, éd. L’Harmattan, Paris, 2016.

Le mystère
Le monde n’a pas cessé, depuis plus de 2.000 ans, de chasser le Saint Graal, le Saint Calice utilisé par Jésus Christ lors de son dernier repas, la Cène, aussi bien que la Sainte Coupe qui a recueilli son précieux Sang, quand le corps du Christ fut percé par la lance du centurion Longin. Ainsi cet objet énigmatique est-il l’un des plus mythiques et sa quête l’une des plus vieilles, des plus mystérieuses et des plus fascinantes.
Rois, chevaliers, producteurs, directeurs de films, compositeurs de musique, organisateurs de colloques, auteurs, chercheurs et aventuriers ont suivi la trace du Graal, cherchant à dévoiler son mystère.

Étymologie
Le mot vient probablement du latin « crater », qui signifie « coupe », nom qui fut donné par la tradition romanesque du Moyen-âge à cet objet précieux. Attesté au XIème siècle sous sa forme latine « gradalis » ou « cratalis », il existe également en provençal « grazal » ; il se confond souvent avec le terme qui désigne la corbeille où lève la pâte « cratis », et avec la pierre philosophale.
Le Graal fut alors désigné comme un « vase » (vaissel) ou (vayssel). Petit à petit, il fut représenté non pas comme une écuelle ou un plat, mais plutôt comme une coupe ou un ciboire.

Le mythe
Selon la mythologie chrétienne, le Graal aurait été taillé par les anges dans une émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute. Il fut confié à Adam dans le paradis mais celui-ci le perdit après sa transgression, n’étant pas autorisé à l’emporter hors du paradis. Récupéré par Seth, 3ème fils d’Adam, il parvint par une transmission secrète à Jésus Christ le jour de la Cène. C’est dans cette coupe que fut recueilli le sang de notre Sauveur. Le Graal aurait été ensuite transporté en Grande-Bretagne par Joseph d’Arimathie, chef militaire de Ponce Pilate, disciple secret de Jésus, et par Nicodème. Là, le petit-fils de Joseph d’Arimathie fonda la dynastie des Rois pêcheurs, gardiens du Graal.
Selon la mythologie celtique, le Graal n’est que le chaudron du Dagda, la coupe de souveraineté, symbole de résurrection, abondance et sécurité. Suite à la christianisation de l’Angleterre, le mythe se transforme et le chaudron devient le calice utilisé par Jésus Christ lors de la dernière Cène. Mais le Moyen-âge a fait du Graal un mythe chrétien par excellence tout en intégrant dans son culte les mythes développés par la mythologie celtique. Ainsi, le Graal se transforme en relique christique sacrée et vénérée mise sur le même plan que les instruments de la Passion faisant l’objet d’une dévotion particulière au Moyen-âge. Le Graal devient alors le Calice de la Passion.
Cet objet mythique apparaît pour la 1ère fois dans le roman Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, vers 1170 – 1180 ; il est présenté comme une splendide pièce d’orfèvrerie magnifiquement ornée qui peut contenir de grands poissons ; il offre aussi depuis 12 années au père du Roi Pêcheur un aliment vital, l’hostie : on ne parvient jamais à voir qui la dépose donnant ainsi au Graal un caractère magique, merveilleux et mystique.
Robert de Boron l’identifie au Calice liturgique qui a servi à l’Eucharistie ; ce calice émet un rayonnement divin, une lumière due à la présence mystique du Christ. Ce sera la version la plus largement diffusée en France et en Angleterre.
Dans la version allemande de Wolfram von Eschenbach, le Graal est une magnifique pierre précieuse, apportée du ciel par une colombe, nommée lapsit exillis, liée à la chute des anges. Avec lui, le mythe prend une tournure nettement ésotérique.

La Quête initiatique
La coupe fut malheureusement perdue par Alain le Gros, petit-fils de Joseph d’Arimathie. L’enchanteur Merlin conseilla alors au roi Arthur, modèle de vaillance et de courtoisie, de la retrouver.
Arthur fit faire, vers 1220 – 1230, dans son château de Camaalot, la Table ronde autour de laquelle 150 chevaliers, présidés par 12 principaux nobles seigneurs Bretons ; ces hommes y prenaient place formant l’élite du royaume Breton, tous chevaliers, tous égaux ; leur but était de prouver leur courage, leur foi et leur vertu ; ils avaient pour mission et fonction principales de partir à la recherche du précieux Calice : c’est la « Queste du Graal ». Cette table, symbole de la rondeur du monde et de la course des planètes dans le cosmos, indique que la « Queste » n’est pas d’ordre terrestre mais plutôt cosmique. Elle est la découverte des significations spirituelles et doit se poursuivre non pas à pied suivant le sens littéral d’un déroulement historique mais plutôt à cheval, l’animal psychopompe, car il s’agit d’un voyage symbolique à travers l’espace et le temps.
Les premiers chevaliers qui prononcent le serment sont 7 : Lancelot du Lac qui, en route, tomba amoureux de Guenièvre, la femme du roi Arthur ; Galaad ; Perceval ; Bohort ; Gauvain ; Lyonnel et Helain le Blanc. Perceval, Bohort et GaIaad ont poursuivi la Queste et arrivent à Sarraz, sur la nef de Salomon. Ils touchent au but tous les trois mais un seul va l’emporter. Il est annoncé que l’Élu ne sera pas Perceval mais plutôt Galaad, le chevalier « spirituel ».
Devant le Graal entouré d’une lumière surnaturelle, Galaad est saisi par l’Unio Mystica, prélude de la vision béatifique céleste. C’est donc Galaad le pur, le chevalier parfait, fils de Lancelot et d’Elaine, fille du roi Pellès, qui emporte le Graal après avoir eu le fin mot de l’énigme : la coupe présentée comme un nouveau symbole mystique dont le sens enfin dévoilé met fin aux aventures terrestres où s’épuise la chevalerie.
La quête spirituelle du Graal consiste à la retrouver. Telle est, dans l’esprit public, la substance du mythe. Il représenterait le trésor ultime pour celui qui le possèderait. Parmi ses innombrables pouvoirs, il possède, outre celui de nourrir (don de vie), celui d’éclairer (illuminations spirituelles).

La symbolique du Graal
1 – La Connaissance
Le Graal symbolise la Queste de la Connaissance et du Savoir, Connaissance perdue depuis la nuit des temps ; Connaissance illuminée qui ne demande qu’à être retrouvée par la magie compassionnelle d’un Graal d’amour. Sous forme de coupe ou de pierre, le Graal symbolise donc l’Arbre de la Connaissance tout en apportant le savoir transcendant en ce qu’il dévoile à chacun sa totalité.

2 – L’ Amour
Le Graal symbolise la recherche de l’Amour Divin à travers la connaissance des mystères.

3 – La perfection humaine
D’après les mythes, seule la personne ayant une âme commune à celle de Dieu se verra remettre le Graal, symbole de la perfection humaine. Dans le monde des chevaliers, il est important d’accomplir un exploit prestigieux. Retrouver le Graal est donc la quête suprême pour le chevalier dont les aventures sont situées à la fois dans le monde humain et dans le monde spirituel. La Quête du Saint Graal devient vite la fin ultime de toute chevalerie.

4 – Le nombre 3
Le Graal, comme le chaudron au trépied est, dans la mythologie celte, associé au nombre 3 (les 3 gouttes du chaudron de la Déesse-Mère, les 3 objets qui ne peuvent être conquis que par 3 chevaliers au cœur pur), et le Roman du Graal est presque tout entier composé en l’honneur de la Trinité : « Tu tiens le sang des 3 personnes en un seul Dieu ».

La Sainte Vierge du Graal
Le Graal, selon la théologie chrétienne, symbolise la Sainte Vierge Marie dont le ventre, « nouveau sépulcre », a contenu le corps du Christ pendant la gestation de sa reconnaissance divine. Elle est donc perçue comme une Coupe Mystique, une Coupe Humaine qui a contenu en ses flancs le Dieu fait homme. Dans les litanies, n’est-elle pas assimilée à un cratère ou à une coupe ? Elle personnifie un Graal vivant et l’on peut la qualifier de « Sainte Vierge du Graal ». Être gardien de la Sainte Vierge – « Femme, voici ton fils ! Homme, voici ta Mère »- équivaut par conséquent à être « Gardien du Graal ».
En Russie, dans le monastère de Vladyk à Serpoukhov, se trouve une icône de la Sainte Vierge Marie appelée « Le Calice inépuisable ».

La vraie quête du Graal
Dans la majorité des mythologies et traditions, il est fait allusion à un objet qui, à partir d’une certaine époque, aurait été perdu ou caché : c’est, par exemple, le Soma des Hindous ou le Haoma des Perses, le « breu-vage d’immortalité » ; ce dernier a un rapport fort direct avec le Graal, puisque celui-ci est le vase sacré qui contient le sang du Christ, autre « breuvage d’immortalité ».
Cette émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute rappelle d’une façon très frappante l’Urnâ ; cette perle frontale dans le symbolisme hindou, et ultérieurement dans le Bouddhisme, tient souvent la place du 3ème œil de Shiva, représentant ce qu’on peut appeler le « sens de l’éternité ».
Avec le mythe du Graal apparaît donc l’espoir de la rédemption et la croyance que le monde pourra être libéré du mal.
La vraie quête du Graal devient donc la quête de la vérité ultime, de la Connaissance, pour un monde qui va vers son achèvement.

La coupe du salut
Nous lisons dans le psaume 116 (115) ,12-13 :
« …Que rendrai-je à Yahweh pour tous ses bienfaits à mon égard !
J’élèverai la coupe du salut, et j’invoquerai le nom du Yahweh… ».
Ne s’agirait-il pas de la même coupe, puisque la coupe du salut est unique ?!

Enfin, les premiers chrétiens ont conservé les Instruments de la Passion notamment la Vraie Sainte Croix, le Voile de Véronique, la Sainte Tunique et le Saint Suaire… Pourquoi le Saint Calice de la Cène et la Sainte Lance du centurion Longin ne bénéficieraient-ils pas de la même dévotion ?

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La miséricorde dans les religions monothéistes par Marie-Dominique Mutarelli

La miséricorde dans les religions monothéistes
par Marie-Dominique Mutarelli

 

Le concept de miséricorde n’existe pas dans le bouddhisme. Mais la compassion, étymologiquement « souffrir avec », est au cœur de cette religion : l’empathie pour la souffrance de tous les êtres vivants prônée dans le bouddhisme conduit ses adeptes à respecter concrètement toutes les formes de vie.

En revanche, le thème de la miséricorde relie les trois religions monothéistes qui toutes la considèrent comme l’un des principaux attributs de Dieu.
En hébreu et dans l’Islam, c’est la même racine sémitique, rah’amim ou rahma, qui désigne la miséricorde. Son sens premier évoque les entrailles, le sein maternel, l’utérus qui porte l’enfant en gestation.
La religion juive a été la première à recevoir la révélation de la dimension miséricordieuse de Dieu. Les récits de l’Ancien Testament témoignent de l’amour divin pour son peuple en réponse aux vicissitudes auxquelles celui-ci est soumis, et cela malgré ses trahisons. Ils évoquent ainsi très concrètement l’attachement viscéral d’un père pour ses enfants. Dieu qui a créé l’homme à son image lui demande d’être miséricordieux à son tour : « de même que moi je suis miséricordieux, soyez miséricordieux vous aussi ».
Dans le Coran, le mot miséricorde est l’un des plus utilisés pour désigner Dieu. Chaque sourate du texte sacré est introduit par la formule rituelle : « Au nom de Dieu le miséricordieux, le très miséricordieux, … ». Dieu dans sa miséricorde adresse aux hommes son message. Mais Il leur demande en contrepartie d’être miséricordieux avec leurs semblables : « soyez miséricordieux avec ceux qui sont sur terre pour que celui qui est dans les cieux soit miséricordieux avec vous ». Venir au secours de ceux qui sont dans le besoin est l’un des cinq piliers de l’Islam.
Le christianisme met, quant à lui, l’accent sur le Cœur de Dieu, non plus sur ses entrailles. Le mot latin misericordia vient de misereri (avoir pitié) et cor (cœur) : avoir le cœur plein de miséricorde c’est être compatissant, sensible au malheur d’autrui. Par tendresse pour les hommes, Dieu leur envoie son fils Jésus, pour révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. Sa vie et son enseignement fondés sur la miséricorde et l’accueil du pécheur rendent cet amour tangible.

Dans la bulle d’indiction, François appelle les chrétiens, les juifs et les musulmans à retrouver, à travers le thème de la miséricorde, la voie du dialogue et du respect mutuel. « Que cette année jubilaire, vécue dans la miséricorde, favorise la rencontre avec ces religions, … qu’elle nous rende plus ouverts au dialogue pour mieux nous connaître et nous comprendre.» En février 2016, la rencontre du pape François avec le patriarche de l’Eglise orthodoxe, qui intervient après mille ans de rupture entre les Eglises catholique et orthodoxe, est elle aussi un signe de cette miséricorde vécue.

LE POUVOIR DES CONSOMMATEURS, Interview d’Edgar MORIN

LE POUVOIR DES CONSOMMATEURS
Interview d’Edgar MORIN

MORIN E.  OK

Philosophe, sociologue, ancien résistant, humaniste engagé, initiateur de la pensée complexe, Edgar Morin est un des grands visionnaires de notre époque. Nous l’avons interviewé lors du colloque international « Humanisme & Mindfulness : une éducation pour le XXIe siècle » qui s’est déroulé à Karma Ling, sur l’écosite du domaine d’Avalon en Savoie, au mois de septembre.

Est-ce que l’écologie, sans l’apport de la spiritualité, peut changer le monde ?
L’écologie ne peut changer le monde que s’il y a une conscience, d’abord, de tous les problèmes humains, sociaux, personnels provoqués actuellement par les processus de destruction de la biosphère, de dégradation de la nature, etc.
Premièrement, il faut prendre conscience – et c’est quelque chose qui relève de l’esprit – que c’est le processus de notre civilisation qui a été destructeur pour la nature. Il faut prendre conscience aussi que ce processus nous aveugle nous-mêmes puisque notre civilisation nous a masqué cette relation indissoluble qu’il y a entre l’homme et le monde naturel.
(…)

Plus nous progressons dans la production du développement matériel,
plus nous progressons vers un sous-développement spirituel

(…)

L’agroécologie redonne de la dignité au travail humain

(…)
Il y a une réforme de société qui est en même temps une réforme intérieure personnelle. Et la réforme intérieure, c’est effectivement développer la vie de l’esprit. Il y a une équivoque dans le mot spiritualité : les gens pensent qu’il s’agit de religion. La spiritualité, c’est cultiver la réflexion sur soi-même, chercher, aller vers la sérénité par la pleine conscience, trouver en quelque sorte une relation meilleure avec soi-même et avec autrui.
(…)
Comment passer de la consommation prônant « l’avoir » à la préservation de la terre privilégiant « l’être » ?
Tout d’abord, l’agriculture industrialisée est une agriculture qui tue les sols, qui tue la vie. Pas un oiseau ne chante dans les monocultures étendues à l’infini ; pas un moineau, parce qu’il n’y a pas un ver de terre. Il n’y a rien. Les engrais artificiels, les insecticides, tout ceci contamine les aliments. Nous avons finalement une nourriture insipide, éventuellement dangereuse. Par contre, l’agroécologie retrouve les traditions de l’agriculture fermière et bénéficie en même temps des connaissances scientifiques d’aujourd’hui ; c’est elle qui redonne vie aux terres, redonne vie au travail, retrouve des animaux plutôt que des machines, redonne de la dignité au travail humain parce que, par exemple pour les vignes, évidemment il faut cueillir les grappes à la main plutôt qu’avec des machines à vendanger. Ce qui est vrai pour l’agriculture est encore plus vrai pour l’élevage…
(…)

Nous devons aller vers une consommation saine

(…)
Quelle action concrète chacun peut-il mener pour préserver la terre ?
Chacun peut d’abord faire ce qu’il peut dans l’utilisation de ses déchets, de ses ordures, dans le choix de sa consommation en se nourrissant de produits fermiers et de produits bio plutôt que ceux du supermarché. Chacun peut faire quelque chose, mais il est évident qu’il s’agit de la synergie de tous. Si les consommateurs s’unissaient, ils auraient un pouvoir immense.
(…)
Il suffirait qu’ils soient éclairés, qu’ils sachent boycotter les produits infâmes ou néfastes et qu’ils puissent choisir les produits de qualité, pour transformer le marché.
(…)
Pour lire la totalité de l’articleREFLETS 18 pages 26 à 29

Le musée de l’homme et les races humaines par Christian ROESCH

Le musée de l’homme et les races humaines
par Christian ROESCH

musée de l'homme

(…)
Le rôle du musée est de montrer concrètement la diversité de l’espèce humaine. Des milliers de moulages de bustes humains, des objets provenant d’endroits les plus reculés du monde, une scénographie attrayante, tout contribue à rendre hommage à l’humanité.
Il essaie de répondre à trois questions fondamentales :
D’où venons-nous ?
Qui sommes-nous ?
Où allons-nous ?
(…)
D’où venons-nous ?
Nous sommes le sujet, le fruit du projet divin de créer l’homme à son image. Il n’y a pas de doute que l’apparition de l’homme s’est faite dans un ordre précis. D’abord le règne minéral : c’est la formation du système solaire et de la planète Terre. Puis le règne végétal dans l’océan primitif qui est suivi très rapidement du règne animal et enfin tardivement du règne hominal. Il est évident que nous sommes loin d’être à l’image de Dieu. Il serait très prétentieux de se penser aboutis et au sommet d’une hiérarchie.
Cependant le point de vue biblique éclaire le débat que les scientifiques n’ont pas encore tranché : l’homme n’est pas un animal. C’est le quatrième règne dans l’ordre d’apparition. Un infini sépare chaque règne même si des formes difficiles à classer servent de passage entre les règnes.
Les débuts de l’humanité sont aussi difficiles à cerner que ceux des autres règnes. Le fameux « chaînon manquant » quel est-il ?

Qui sommes-nous ?
Pourtant un espace infranchissable sépare l’animal
de l’homme : la pensée réfléchie.
Les animaux ont un langage. Pourtant un espace infranchissable sépare l’animal de l’homme : la pensée réfléchie.
Les animaux ont un langage.
Les hommes ont la parole.
(…)
Pour lire la totalité de l’articleREFLETS 18 pages 12 à 15

Frédéric Lenoir – Le sens de ma vie : c’est d’être meilleur

 

Philosophe, sociologue et historien des religions, Frédéric Lenoir est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages traduits en plus de vingt langues. Il écrit également pour le théâtre, le cinéma et la bande dessinée.

Il a dirigé la revue Le Monde des religions et produit et animé, avec Leili Anvar, l’émission hebdomadaire consacrée à la spiritualité sur France Culture : Les racines du ciel. Aujourd’hui il clôture cette émission par une chronique philosophique « Chemins de sagesse ».

 Lenoir Fréderic 019 def

Votre découverte des Évangiles à 19 ans fut un choc. En quoi cela a-t-il été un bouleversement ?

Assez jeune, les questions philosophiques autour du sens de la vie, de l’amour, de la liberté me passionnaient. Dès l’âge de treize ans, j’ai commencé par la philosophie, à travers la lecture des dialogues socratiques. Puis, j’ai découvert Arnaud Desjardins, l’Orient, le bouddhisme, la kabbale, toutes les formes de spiritualité, en majorité orientales. J’étais plus proche du stoïcisme, qui croit au divin personnel, que du monothéisme, ringard à mes yeux. L’idée d’un dieu personnel m’était étrangère et donc la sagesse était immanente pour moi. Il n’y avait pas de rencontre avec l’altérité, sinon l’altérité du monde, pas avec une personne. Le choc fut de rencontrer Jésus comme une personne vivante, pas simplement comme un maître du passé. Avec Bouddha ou Socrate, je lisais un enseignement. Seuls leurs écrits m’apportaient. Mais jamais je n’ai rencontré ni Socrate ni Bouddha ni Lao Tseu de manière vivante. En lisant l’Évangile de Saint Jean pour la première fois, je tombe au chapitre IV sur le dialogue de Jésus avec la Samaritaine. D’un coup, c’était une présence vivante, affective : Il est là, vivant, aujourd’hui, et ces paroles, Il me les dit à moi. Jamais je n’ai pleuré en lisant Socrate. Là, j’ai pleuré pendant deux heures. Donc, cette rencontre avec Jésus fut vraiment une expérience très forte. Toutes mes conceptions ont été bouleversées.

Pour moi, être chrétien, c’est être en lien avec le Christ. Ma foi chrétienne est portée par une relation. C’est ce qui me nourrit, me rectifie, m’oriente, me guide, m’inspire, me met dans la joie, me porte. L’amour est au cœur du christianisme, parce que c’est la religion de la relation par excellence.

Le père Marie-Dominique Philippe a-t-il été votre maître spirituel ?

Le Père Philippe a été un guide intellectuel. C’est un remarquable philosophe. Je l’ai rencontré à l’université de Fribourg où j’ai fait mes études de philosophie et où il enseignait la philosophie grecque. Il parlait d’Aristote d’une manière extraordinaire. Il m’a touché par sa puissance intellectuelle. C’était aussi un grand amoureux de Saint Jean, un théologien de théologie spirituelle remarquable. J’aimais l’écouter, suivre ses enseignements. Mais mon seul maître spirituel, c’est le Christ.

 

Quel est votre but dans l’existence, vers quoi essayez-vous d’aller ?

Je n’ai pas d’objectif défini. Le sens de ma vie, c’est de m’améliorer et d’être utile aux autres.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°18 pages 61 à 69